Annoncé et très attendu depuis de longs mois, le procès de Karim Wade, fils de l'ex-président Abdoulaye Wade, a été ouvert ce jeudi 31 juillet au Palais de justice de Dakar. C'était cependant pour être tout de suite renvoyé à une nouvelle date, après que le Président de la Cour de Répression de l'Enrichissement Illicite (Crei), juridique spécial, a émis un mandat d'amener contre un des co-accusés, malade et hospitalisé.

Pour motiver cette décision, le Président Henri Grégoire Diop en l'occurrence, de son état Président de la Cour d'Appel de Kaolack, au centre du pays, n'a pas hésité à citer l'exemple de l'ancien Raïs égyptien Hosni Moubarak, trainé au Tribunal sur un lit d'hôpital.

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Cette comparaison et plus généralement la démarche du Président ont outré les avocats de la défense, tout comme des responsables des associations des droits de l'homme. Ouvrant ainsi un registre de polémiques dans le sillage du procès tant attendu.

Toutefois, ce dernier n'en a pas perdu son attrait et son sens. Sans surprise, du reste. En atteste l'impressionnant dispositif sécuritaire au Palais de justice cette matinée du jeudi 31 juillet. Le pourtour du bâtiment était bien quadrillé par des éléments du Groupe Mobile d'Intervention (GMI) de la Police Nationale que l'on retrouvait également devant des barrières dressées au niveau des rues adjacentes. L'intérieur était lui sous la protection de la Gendarmerie Nationale. Les différentes portes étaient également prises d'assaut très tôt par de longues files de militants et/ou curieux déterminés à ne pas se faire raconter cet événement marquant de la vie de la Nation.

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L'importance accordée à ce procès par la presse et les populations sénégalaises se résume simplement : en 54 ans de République indépendante c'est la première fois qu'un fils de Présidents est attrait devant les tribunaux. Pour des causes liées à son implication dans la gestion du pouvoir par son père.

C'était de 2000 à 2012, pendant le Magistère de Me Abdoulaye Wade. Ce qui en réalité une continuité voire une suite logique de la façon dont ce même fils a été au cœur du pouvoir. Une première aussi dans l'histoire du pays. De Conseiller spécial de son père au départ, le fils Wade a très vite gravi les échelons, en occupant notamment au gouvernement cumulativement plusieurs départements ministériels (Energie, Transports, Infrastructures…). Ce qui lui valut le surnom de « ministre du Ciel et de la Terre » et le mis en pôle position dans la gestion de dossiers à forte valeur financière, comme l'organisation du Sommet de la Conférence Islamique (OCI) à Dakar en 2008, de même que la réalisation de nombreux autres ouvrages.

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Dans la conduite de ces projets, Karim Wade aurait commis d'innombrables malversations financières désignées sous le vocable d'« enrichissement illicite ». On parle de 117 milliards Cfa (environ 178 millions d'euros) disséminés notamment dans des comptes, sociétés, entre autres, à Singapour, aux Iles Vierges, etc. A ses côtés, d'autres accusés sont cités. De même que ces derniers jours, la publication du rapport 2014 de l'Inspection Générale d'Etat (IGE) est venue comme donner des preuves supplémentaires aux reproches faits à Karim Wade.

Après un peu plus d'une année passée à la prison centrale de Dakar, le fils de l'ex-Président est jugé par la Crei, cour spéciale installée pour la première fois en 1981 et remise en selle depuis la chute de Me Abdoulaye Wade du pouvoir. Pour ouvrir la désormais très célèbre « traque des biens supposés mal acquis » avec en ligne de mire plusieurs dignitaires de l'ancien régime. Pour les partisans de ce dernier, tout cela n'est que cabale politique, afin notamment de briser la carrière politique et les ambitions de Karim Wade de se présenter à la présidentielle de 2017. L'illégalité de la juridiction spéciale et l'incompétence de ses responsables ont été aussi dénoncées par ces mêmes partisans. Sans compter la campagne de dénonciation initiée par l'ex-président en parcourant notamment le monde, pour prêcher l'innocence de son fils.

Lequel, encourt une peine allant de 5 à 10 ans, combinée à une amende au moins égale au montant incriminé ou même doublé. Ce seront là les ultimes étapes de ce procès qui, on l'imagine, sont encore très loin. D'ici là, c'est nouveau feuilleton qui s'ouvre dans la déjà très médiatisée « affaire Karim Wade », considérée d'ailleurs comme une des innombrables nébuleuses du régime à la tête du Sénégal, entre 2000 et 2012. Un procès qui restera mémorable dans les archives politiques sénégalaises, de même qu'il risque des faire des émules ailleurs sur le continent avec de nombreux pays marqués par la présence de membres de la famille du Chef de l'Etat dans la gestion du pouvoir.