Premier ministre, un job précaire au Sénégal

Le Président de la République du Sénégal, en Afrique de l'Ouest, s'est doté d'une nouveau chef de gouvernement le dimanche 6 juillet courant, en la personne de Mouhamed Dionne. Ce dernier, fonctionnaire des Nations Unies récemment rappelé au bercail, dirigeait l'exécution du Plan Sénégal Emergent (PSE), une série de projets présentée par le Sénégal à Paris, pour obtenir le financement des bailleurs de fonds.

Le Premier ministre nouvellement nommé est le troisième au service de celui qui dirige le Sénégal depuis mars 2012. En moyenne, le locataire du palais présidentiel de Dakar a changé l'occupant de la Primature…tous les 12 mois ! Ce qui constitue un record, comparaison faite avec son prédécesseur Abdoulaye Wade, président de 2000 à 2001.

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Lequel a eu 6 chefs de gouvernements en tout, soit un tous les deux ans en moyenne.

Ces changements de Premier ministre allant toujours avec un remaniement total, fort ou en partie de l'équipe gouvernementale, l'instabilité à la tête du pouvoir reste plus que d'actualité. Le plus regrettable étant cependant que, c'est un des innombrables griefs portés contre le régime défunt. De là à laisser l'impression à bien des Sénégalais qu'à la tête de leur pays ça patauge, on est tenté de franchir le pas. Allègrement d'ailleurs !

A la décharge du 4e Président sénégalais cependant, il est important de noter que c'est le poste de Premier ministre qui pose en réalité problème. Au Sénégal comme dans beaucoup d'autres pays du continent africain dirigés par un Président de la République. C'est simplement un job précaire.

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Dans un régime présidentiel fort, le chef de gouvernement est juste en service commandé, coordonnateur d'une équipe, à la tête des éxecutants des visions et directives édictées par le Grand Chef. Au Sénégal, ces dernières années, les expressions « sous la vision du Chef de l'Etat » sont toujours en bonne place dans les discours et autres propos des ministres. Comme s'il s'agissait d'une dictée à répéter, pour faire amende honorable et saluer la magnanimité de celui qui les a nommés. Voire « faits ministres », pour parler trivialement.

Le Premier ministre n'échappe pas à cette règle. Bien qu'il puisse à un moment se croire détenteur d'un réel pouvoir, de décision et de manœuvres. C'est notamment lorsque le Président de la République, happé par les réalités du régime, lui laisse la gestion du parti. Au lieu de se contenter d'administrer et renforcer ce dernier, bien des chefs de gouvernements ont plutôt mis à profit cette situation pour se construire des réseaux, se confectionner un statut de N°2, dans les cas dits de parti-état.

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On se retrouve le plus souvent à parler d'une dualité au sommet de l'Etat, entre un Président élu et son Premier ministre. Pour mettre fin aux supputations, le premier exerce la totalité de ses prérogatives et met fin à la mission du second. Un autre cas de figure est celui récemment survenu au Sénégal, avec la défaite de l'ex-Premier ministre Aminata Touré à la conquête d'une commune d'arrondissement. Son désaveu par les populations à Grand Yoff, dans la périphérie de Dakar, la capitale, est passé comme l'expression du mécontentement des populations sur la gestion du régime. Pour redresser la barre ou en donner l'impression, il fallait couper des têtes. En premier, celle du fusible attitré : le Premier ministre.

Un job donc précaire au Sénégal et dans les autres pays africains dirigés par des présidents de la République. Au Sénégal, Mouhamed Dionne est le 15e au poste depuis 1957. Le premier a été Mamadou Dia. Un seul a été nommé deux fois au poste, sous des régimes différents, en 1983 et en 2000. Il s'agit de Moustapha Niasse, actuel Président de l'Assemblée Nationale…