Le peuple a parlé. Le Président du Burkina Faso (ancienne Haute Volta) Blaise Compaoré au pouvoir depuis 1987 à la suite d'un coup d'Etat auquel on n'a pas prouvé sa réelle participation, si ce n'est que par des hypothèses de travail et des supputations, a quitté le pouvoir. Au nom de la rectification de la révolution, Blaise Compaoré a succédé à Sankara assassiné et en 1984 la Haute Volta est devenue le Burkina Faso.

Après La Baule initiée par François Mitterrand (le discours de La Baule a été écrit par Erik Orsenna et prononcé par le Président de la République française François Mitterrand, le 20 juin 1990, dans le cadre de la 16e conférence des chefs d'État d'Afrique et de France qui s'est déroulée dans la commune française de La Baule-Escoublac (Loire-Atlantique), la plupart des pays africains ont tous, à quelques variantes près, entonné la chanson de la démocratie et du processus du multipartisme.

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Le respect de la Constitution est devenu à la fois une méthode et une organisation des pouvoirs publics pour accéder aux affaires. Mais, assez paradoxalement, les constitutions africaines, sensées ancrer les régimes africains monopartistes, n'ont empêché ni les coups d'état militaires, ni les contestations liées à la constitution des commissions électorales indépendantes, dont les missions visent à organiser des élections transparentes au bénéfice des populations africaines.

On a assisté à des contestations de ces commissions électorales et les constitutions n'ont pas été respectées car, dans la plupart des pays africains, on préfère l'entre soi et l'arrangement en passant outre les exigences constitutionnelles en termes de respect du texte fondamental. Cet arrangement entre soi, cette traduction constitutionnelle en dehors du modèle occidental universel traduit un refus de la plupart des dirigeants africains de suivre le processus de constitutionnalisation des sociétés modernes occidentales.

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Les pays africains préfèrent bâtir un modèle de démocratisation de leurs sociétés articulées autour du concept que je qualifie de « Démocratie tropicale », c'est-à-dire une démocratie dans laquelle le texte constitutionnel voté par le peuple n'est qu'un paravent ou une façon de pouvoir montrer l'évolution de la démocratie politique dans les Républiques africaines acceptables par l'Occident au nom du principe de la négociation affairiste et du business. La plupart des démocrates occidentaux observateurs des élections en Afrique acceptent, en fermant les yeux, le non respect des textes constitutionnels et l'irrégularité du déroulement des élections. Sinon, comment comprendre que Blaise Compaoré, médiateur régionalement connu en Afrique par sa contribution à la résolution des conflits dans les crises libérienne (2000), togolaise (2006), guinéenne (2009), ivoirienne (2010/2011) et malienne (2012/2013), a réussi au plan national à passer au-delà des impératifs constitutionnels lors de ses élection/réelections (1991, 1997, 2010) sans que la communauté internationale ne dise mot alors que les textes constitutionnels burkinabés ont été remaniés de façon inacceptable ? Au nom de la real politique, la France a toujours fermé les yeux.

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Blaise Compaoré a toujours constitué à ses yeux un interlocuteur de poids dans la résolution des crises régionales dans la communauté économique des Etats d'Afrique de l'ouest depuis les années 2000 à nos jours.

Aujourd'hui Blaise Compaoré est hors jeu car le peuple l'a obligé à quitter le pouvoir. Il est remplacé par le Lieutenant Colonel Isaac Yacouba Zida, responsable de la Garde présidentielle du Président Blaise Compaoré. Yacouba Zida a gagné le bras de fer qui l'opposait au Chef d'Etat Major du Burkina Faso, le Général Honorin Traoré. Cette victoire symbolise le poids minime de l'armée régulière et « constitutionnelle » dans les pays africains et valorise au contraire une soldatesque, dite présidentielle, qui est au service du Président de la République, donc d'un homme (ici Blaise Compaoré). La Garde présidentielle est mieux outillée en termes d'armement, mieux formée, mieux rémunérée et est souvent ethnique épousant l'ethnie du Président de la République aux affaires.

Voilà la réalité du pouvoir en Afrique qui s'inscrit dans des constitutions de façade, en complicité avec l'Occident au nom de la real politique et de la stabilité régionale. Les constitutions africaines ne sont que des faire-valoir d'un processus de démocratisation qui a du mal à s'enraciner en Afrique. On peut le comprendre, sans l'accepter, car on demande à l'Afrique de réaliser les efforts de démocratisation que les Occidentaux ont mis plusieurs siècles à faire pour les résultats que nous connaissons aujourd'hui et qui restent discutables dans la pratique de l'exercice constitutionnel dans le monde occidental actuel.

Si on avait respecté la constitution, non de façade mais réelle, du Burkina Faso, le Président Blaise Compaoré aurait du aller jusqu'au bout de son mandat en 2015. Mais la nécessité politique étant la mère de l'invention, Blaise Compaoré est obligé de partir. Le Président de l'Assemblée voit son pouvoir interdit par un gouvernement de transition dirigé par le Lieutenant Colonel Isaac Zida.

Le départ de Blaise Compaoré ouvre un chapitre de débat sur ce que doivent être ou non les réformes constitutionnelles en Afrique, sachant que des pays comme le Congo Brazzaville (2016), la République démocratique du Congo (2015), voire la Cote d'Ivoire en 2015 car certains Gbagboïstes contestent l'élection de Ouattara après la crise civile de 2010/2011. Il n'y a pas de recette uniforme. La révolution populaire au Burkina Faso n'est pas forcément obligée d'advenir dans les pays que je viens de citer car les contextes politiques et locaux sont différents. Certains ont parlé d'un printemps noir. J'ai bien peur qu'ils se trompent comme ils l'ont fait à propos de la Tunisie, de l'Egypte ou de la Libye en pensant que ce mouvement allait d'étendre à tous les pays arabes.

Voici un élément de présentation et de débat sur les constitutions en Afrique qui n'épouse pas forcément l'allure émotionnelle générale liée au départ du pouvoir de Blaise Compaoré. Il faut que les Africains réfléchissent sur des modèles propres de constitutionnalisation du pouvoir politique dans leurs sociétés respectives en fonction de leurs traditions historiques et de leur perception de la mondialisation.

Voici venu le temps de donner un statut concret au Président de la République qui quitte les affaires.

Voici venu le temps de retrouver l'arbre à palabre en intégrant les vieux sages et chefs coutumiers dans les structures modernes politiques, type Sénat.

Voici venu le temps des intelligences africaines au service des sociétés africaines pour une cohésion sociale durable après l'esclavage et la colonisation.