Le 15ième Sommet de la Francophonie s'est tenu à Dakar du 29 au 30 novembre 2014 et a désigné Madame Michaelle Jean, Haïtienne d'origine, comme nouvelle Secrétaire Générale de l'Organisation.

C'est un évènement majeur en Francophonie, car, pour la première fois, c'est une femme, noire, non africaine qui prend les rennes de l'Organisation. L'élection de Michaelle Jean ne s'est pas faite de façon heureuse car sa désignation a été l'objet de nombreuses tractations. La désignation de Michaelle Jean a été rendue possible parce que la France a pesé de tout son poids. Au nom d'un consensus introuvable parmi les pays africains, la France a poussé au maximum sa candidate favorite.

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Il se dit ici ou là que certains chefs d'Etat, de la Côte d'Ivoire ou du Congo, auraient montré leurs désaccords en partant rapidement de la réunion.

Depuis la création de l'OIF, la coutume a toujours voulu que le poste soit occupé par un Africain. Or, force est de constater que ce n'est plus le cas. Sans contester les qualités intellectuelles réelles de Michaelle Jean, on peut néanmoins constater que c'est une petite victoire du Commonwealth en francophonie dans la mesure où Madame Jean a été Gouverneure du Canada au nom de la Reine. Cela passe mal auprès des candidats malheureux qui estiment que la France a lâché l'Afrique et qu'elle aurait trahi un pacte non écrit faisant du Secrétaire Général de la Francophonie une chasse gardée subsaharienne. Il me semble que la plupart des chefs d'Etat africains ne maitrisent pas toujours les subtilités des relations internationales dans lesquelles les alliances ou les accords d'hier ne sont plus forcément ceux d'aujourd'hui.

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La France a volontairement laissé ce poste échapper à l'Afrique. Paradoxalement, le Président François Hollande, au nom d'une francophonie politique, continue à donner des leçons aux Africains sur leur sol, tout en menaçant les Etats qui ne respecteraient les règles constitutionnelles en matière d'alternance politique.

La désignation de Madame Jean s'est faite dans une cacophonie politique qui va forcément laisser des traces. Quelle va être sa capacité à peser de tout son poids lors des médiations politiques ? Sa connaissance du monde africain avec ses réalités subjectives et objectives est-elle suffisante pour faire exister l'organisation et contraindre certains pays africains à accepter l'offre politique de l'OIF lors d'élections ou dans le cas de la résolution des crises politiques ? Madame Michaelle Jean a sûrement un carnet d'adresses important. Celui-ci sera-il suffisant pour faire exister l'organisation dans l'espace francophone et vis à vis des autres organisations internationales ?

La victoire de Michaelle Jean est aussi une victoire de l'usage de la langue française dans les instances internationales, notamment à l'organisation des Etats américains.

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Mais pour certains Africains, cette élection risque de laisser des séquelles car il y a beaucoup de frustrés parmi les candidats. Madame Michaelle Jean, l'heureuse élue, dit qu'elle se met à la disposition de l'organisation pour faire triompher le volet économique de la francophonie. Et si Michaelle Jean se trompait de cible ? Malgré l'objectif salutaire d'une mise en oeuvre d'une francophonie économique, les rapports au sein de la francophonie sont d'abord politiques et symbolisent cette Françafrique qui a du mal à disparaitre pour faire place nette à des relations de partenariat équitables entre la France et les pays africains francophones.

Michaelle Jean doit développer la coopération au service du développement durable et de la solidarité. C'est une mission nouvelle pour elle, car la plupart des pays membres de la zone francophone ne sont pas toujours enclins à travailler ensemble et préfèrent travailler de façon bilatérale avec l'Occident. Il faut souhaiter une bonne dose de chance et surtout d'énergie à la nouvelle Secrétaire de l'OIF pour faire la promotion de l'espace francophone dans le processus permanent de la mondialisation.