Bien que le Cameroun n'ait pas encore rejoint le Colorado qui a légalisé le cannabis et en tire déjà un bilan positif, le pays du président Paul Biya est en passe de devenir l'un des premiers producteurs et consommateurs du chanvre indien. Chaque semaine, les services de la police et de la gendarmerie nationale, spécialisés dans la lutte contre les stupéfiants, enregistrent d'importantes saisies de cargaisons du cannabis.

Frédéric, officier de police en service dans les « ESIR », à Maroua, dans l'Extrême-Nord du Cameroun a déclaré à Blasting News : "Dans la nuit de jeudi à vendredi, un trafiquant de cannabis a été appréhendé à l'entrée de la ville de Maroua. Ibrahim Ourou, qui sortait de Mokolo, avait caché dix kilogrammes de cannabis au fond de sa valise de vêtements. A la police judiciaire de l'Extrême-Nord, Ibrahim Ourou a déclaré s'approvisionner chez un agriculteur dans l'arrondissement de Mokolo. Les dix kilogrammes decannabis étaient destinés à Ignacio, un ressortissant Italien en court séjour à Yaoundé, au Cameroun."

Vendredi en mi-journée, les éléments de la Police antigang étaient encore aux trousses du cultivateur du cannabis et d'Ignacio, l'Italien à qui était destiné le "paquet".

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Au Cameroun, le débat sur la légalisation du cannabis divise l'opinion. Le chef d'entreprise Louis Paul Toua s'est prononcé pour Blasting News : "La plupart des médicaments que nous consommons en contiennent d'ailleurs. C'est le dernier antalgique après la morphine. Régulé, sa pose peut éviter beaucoup de dérives."

Un point de vue partagé par les responsables de l'Ajafe, une association féminine basée dans la capitale politique: "Au delà de l'approche pécuniaire, les vertus du cannabis sont reconnues en Afrique de l'Est dans l'accompagnement des malades du Sida ... Beaucoup d'entre eux sont encouragés d'en consommer pour stimuler chez eux l'appétit..."

Un argument que rejette Joseph Dzene, journaliste et enseignant d'université. Pour le directeur de publication du magazine Chap Chap :  "Il y en a plein au pays. Ce n'est pas une bonne chose de légaliser ça. Il y a des effets dévastateurs sur la santé."

Dans les villes comme dans les villages du Cameroun, le cannabis existe et résiste dans le maquis.

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Certains camerounais par contre n'ont pas de position concrète sur le sujet. Félix Josué Kouang Mabally a confié à Blasting News que : "Ça dépend des objectifs à atteindre en mettant au centre les préoccupations des hommes."

Pour Simon Meyanga, journaliste et responsable de la communication à la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) du Cameroun : " Ce sont les intérêts qui gouvernent le monde".

Et Celestin ngoa Mballa d'ajouter que : " la légalisation du cannabis en France comme au Cameroun consisterait tout simplement à tuer le marché noir du cannabis qui fait plus de dégât d'abord en laissant circuler des quantités incontrôlables de cannabis, ensuite, en enrichissant une mafia souvent étrangère. En achetant ouvertement du cannabis, les consommateurs contribuent à financer le fonctionnement de ces programmes de santé. Nos gouvernements ne doivent donc pas se laisser faire. Mais en même temps, ils doivent avoir de bons arguments et méthodes pour l'expliquer."

Pour Jean Vincent Djenda Mondon:  "Le premier effet de la légalisation sera de faire jouer les coûts à la baisse dans les circuits mafieux de distribution. Ce serait, en cas de légalisation, une bonne nouvelle pour le portefeuille des fumeurs de plus en plus nombreux. Mais une très mauvaise nouvelle pour la santé publique. Au Cameroun, je n'ai jamais eu l'impression qu'il y avait autant de fumeurs!"