La foule qui se pressait ce matin à la rue Neuve, plus grande artère commerçante de Bruxelles, avait des airs de manifestation nationale. Ce n'était pourtant que l'ouverture du deuxième magasin Primark en Belgique, après celui de Liège, qui avait rameuté des centaines de personnes, prêtes à attendre quelques heures dans le froid et sous la pluie l'ouverture des portes du magasin de vêtements à (très) bas prix. Il faut dire que Primark, c'est une enseigne qui a de quoi attirer les foules en temps de crise : des robes à 10 euros, des tee-shirts moins chers qu'un pain en boulangerie, des chaussures en veux-tu en voilà... Depuis son entrée sur le continent, l'entreprise irlandaise a réussi à fidéliser les jeunes et moins jeunes pour ses prix dérisoires et sa qualité dont elle n'a pas à rougir face à H&M, Zara et consorts. 

Deux heures après l'ouverture officielle, les fashionistas étaient toujours parquées dans une file longue de plus de 200 mètres, sécurisée par la police et des barrières anti-émeutes.

Publicité
Publicité

L'attente en valait pourtant le coup pour ces acheteurs patients : "Je suis rentrée avec un billet de 50 euros, j'en suis ressortie avec plusieurs sacs sous le bras! Il n'y a pas meilleur endroit pour faire des affaires que Primark!", s'exclame l'une de ses serial-shoppeuses. Primark serait-il donc le paradis sur terre? 

Accusée d'esclavagisme

Pour beaucoup pourtant, acheter chez Primark est une honte. Une honte puisque l'entreprise fait travailler des enfants dans quelque obscure pays asiatique pour quelques dollars par mois. On raconte même que des prisonniers seraient exploités pour fabriquer les tee-shirts portés par nous, amateurs de fringues à bas prix. L'enseigne avait même fait polémique il y a quelques mois lorsque des appels à l'aide de ces ouvriers maltraités avaient été retrouvés cousus sur les étiquettes des vêtements, provoquant immédiatement un tollé dans le monde entier (il a été prouvé quelques semaines plus tard qu'il s'agissait d'un canular d'activistes).

Publicité

Sur la toile, les réactions des internautes face aux articles de presse et aux tweets parlant de l'ouverture du magasin de l'enseigne irlandaise vont toutes dans le même sens : tout ça pour des vêtements fabriqués par des esclaves! En quelques mois, Primark s'est mis à dos une bonne partie de la population, qui doute maintenant fortement de son éthique.

Pourtant, à y regarder de plus près, Primark n'est pas pire que les autres enseignes low cost, d'où sortent, il est fort à parier, la grande majorité des vêtements portés par ces mêmes internautes "au grand sens moral". D'ailleurs, Primark a été à peu près la seule marque à avoir indemnisé les familles des victimes du terrible effondrement de l'usine au Bangladesh il y a un an et demi, alors que des dizaines d'autres marques à l'image plus "éthique" se sont contentées de fermer les yeux. Il ne faut également pas oublier que si les prix de Primark sont aussi bas, c'est certes grâce à une main-d'oeuvre très peu payée, mais également parce qu'aucune publicité n'est faite et surtout...

Publicité

 parce que l'entreprise rabote ses marges. En effet, Primark ne touche que 12% sur les articles vendus, là où H&M et Zara gagnent environ 18%. Dans un monde où le capitalisme est sans cesse décrié, pourquoi ne pas saluer cette initiative du groupe tout à fait hors du commun, tout de même salutaire pour les petits portefeuilles? Il est très dommage que la majorité de la population ne se fie qu'aux bruits de couloirs et des rumeurs véhiculées par internet et les médias pour se forger une opinion de telle ou telle entreprise. En particulier lorsque ces soi-disants nouveaux défenseurs des droits des travailleurs asiatiques clament leur colère en portant eux-mêmes, peut-être sans le savoir, un jeans dévalé grâce à des produits chimiques attaquant les poumons de ces travailleurs sous-payés, acheté quelques euros dans un magasin à la réputation pourtant correcte. Hypocrisie, quand tu nous tiens... #Mode