C'est à Thot-choco, une petite unité de transformation de la fève de cacao, que les malades de diabètes doivent trouver un produit adapté à leur malaise. Le chocolat santé riche en protéines, glucose, amidon et autres, est spécifiquement non sucré. Conditionné en boites sous forme pâteuse de 500 grammes, la production du chimiste camerounais Jean-Paul Eyiké attire le consommateur jusqu'à l'entreprise située à Soa, une localité à 18km de Yaoundé. De l'avis de l'inventeur, ce produit a des vertus médicamenteuses en dehors d'être un aliment. Le procédé de fabrication ne diffère pas de celui utilisé dans les chocolateries.

Chocolat santé: un alicament

C'est par hasard que Jean-Paul Eyiké, artisan chocolatier, se retrouve dans la production d'un chocolat pour diabétiques. Revenant au Cameroun après des études en chimie à la Miami University, il porte, dans ses valises, un projet de transformation des fèves de cacao en chocolat alimentaire, mais également en chocolat pour diabétiques.

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La cible: les Camerounais malades de diabète, dont le nombre vient d'atteindre le million, selon les données rendues par le ministère de la Santé publique.

Pour produire son "Chocolat Santé", il rentre en laboratoire. Ici, la matière première, la fève de cacao grade 2 acquise auprès des planteurs, est nettoyée pour dégager la peau toxique. La fève obtenue est torréfiée, puis décortiquée. Les graines écrasées sont ensuite raffinées avant le mélange avec de l'eau. Il obtient un médicament "constitué uniquement de la fève de cacao minéralisé du Cameroun (sol très riche en minéraux), avec sa théobromine, élément énergisant qui renforce le cœur". Côté posologie, il explique de consommer "trois cuillerées par jour du produit, un peu amer. Ne pas en prendre en soirée, sinon c'est l'insomnie. Il est strictement interdit aux hypertendus, au risque d'accélérer leur tension artérielle. Mes consommateurs parlent d'un coupe-faim".

Le prix de la qualité

Dans les couloirs des hôpitaux, et dans les autres lieux de prise en charge de diabétiques, le "Chocolat Santé" fait des émules.

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C'est le cas notamment d'Hilaire Onana, un quinquagénaire, pour qui l'arrivée du nouveau médicament est une bonne nouvelle. "Je suis fatigué de prendre les écorces d'arbres et les produits pharmaceutiques pour résultat médiocre. Un aliment-médicament, c'est génial", déclare-t-il, ému.

Mais pour s'offrir une boîte de ce médicament de 500 grammes, il faut tout de même débourser 5000frcs Cfa (soit 7,63 euros). Trop cher, par rapport aux autres médicaments produits localement, ou issus d'essences naturelles, lancent des diabétiques qui ont pu tester le produit. Mais Jean-Paul Eyiké n'en démord pas. À ce prix-là, on a le juste prix. "Un kilogramme de fèves coûte entre 1500 et 2000 frcs Cfa (entre 2 et 3,5 euros). Du nettoyage au raffinage, il y a beaucoup de pertes. Et donc, il faut assez de fèves pour avoir ces 500 grammes que vous trouvez chers", explique-t-il. Les prix pourraient être revus à la baisse, mais il faut qu'au niveau de l'écoulement, on sente une demande, laisse-t-il entendre.

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Pour ces premiers pas dans un marché camerounais du médicament concurrentiel, le "Chocolat Santé" ne s'en sort pas si mal. Le nouveau challenge, c'est gagner le cœur du million de Camerounais qui veut se libérer de l'emprise de cette maladie. #Emploi #Gastronomie #Médecine