Depuis quelques semaines, la presse nationale de #Côte d'Ivoire ne cesse de nous informer d'une grave menace de famine sur le territoire national, avec la rareté des denrées alimentaires sur le marché, et la montée anarchique de leurs prix. Il est peut-être intéressant de remonter dans le passé pour mieux appréhender ce phénomène.

 

L'invasion des sauterelles et le changement de la pratique cultuelle en pays Adjoukrou

Nous étions en 1977. L'invasion des sauterelles dans le pays, qui avait débuté deux années auparavant, venait d'atteindre son paroxysme. Dans les campagnes, les sauterelles étaient des centaines de milliers à recouvrir les plantes des champs.

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A la sortie des villages, elles jonchaient les routes et les chemins. En pays Adjoukrou, la peur gagnait les populations. On a pensé à une malédiction. Dans les villages, on se perdait en conjectures. Le griot, missionné par les autorités coutumières, a appelé à une intensification de la prière. Plusieurs fois par jour, les cloches des églises sonnaient et on s'y précipitait pour prier Dieu, afin de conjurer le mauvais sort. Au milieu de ce désarroi, les aliments ont commencé à devenir rares.

 

La pénurie alimentaire durant l'année 1977

Au Sud du pays, en région forestière, les tubercules tels que le manioc, l'igname, le tarot et les patates douces formaient les aliments de base au quotidien. Or, ces aliments ont commencé à devenir rares et sur les marchés, ils connaissaient une flambée des prix. Le sac de manioc coûtait entre 1500 FCFA et 2500 FCFA et il fallait en prendre au moins deux, voire cinq, dix sacs, selon la composition de sa famille, pour pouvoir couvrir les besoins alimentaires.

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Trop cher, car, dans les années 1970, les agriculteurs vendaient la parcelle du champ de manioc à 5000 FCFA, ce qui représentait des dizaines de sacs de manioc !

 

Une solution conjoncturelle : le changements des comportements alimentaires

Le prix du manioc étant trop élevé, au sud du pays, on a changé les habitudes alimentaires en devenant des consommateurs de riz occasionnels. Autre changement : la baisse de la ration quotidienne. Alors qu'auparavant, on mangeait à souhait dans les villages, pendant l'année 1977, on a appris à manger rarement. Deux fois par jour au maximum.

 

Le sud découvre que le nord du pays aussi est touché par l'insécurité alimentaire

Se tournant vers le riz, les populations du sud, plus particulièrement les populations Adjoukrou, découvriront que la pénurie alimentaire n'avait pas épargné le reste du pays, dont le nord. Jadis de petit prix, le riz est devenu subitement trop cher et rare sur les marchés. Sachant le caractère national de la pénurie alimentaire, les esprits se sont calmés en pays Adjoukrou.

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Du coup, la pratique cultuelle intempestive et anormale s'est estompée. Les cloches des églises ont repris leurs fréquences habituelles : deux fois par jour (à l'aube et au crépuscule) du lundi au samedi, et trois fois le dimanche (à l'aube, dans la matinée et en fin de journée).

 

Un fait étrange : la commercialisation d'un riz particulier

Pendant la pénurie alimentaire, on a vécu une situation étrange : la commercialisation d'un riz assez spécial, de couleur jaune, d'une odeur pestilentielle. Très vite, les Mamans ont trouvé une solution pour le rendre comestible : faire bouillir de l'eau pour laver ce riz à plusieurs reprises, jusqu'à ce que sa mauvaise odeur disparaisse, avant de le faire cuire et le manger. Autrement, l'intoxication alimentaire était encourue !

 

Rappel d'une autre insécurité alimentaire dans le pays

Au milieu de cette débâcle, et avec le recul, dans les villages Adjoukrou, les anciens ont confié que le pays avait connu la pénurie alimentaire au milieu des années 1930.  Donc, en 1977, cela faisait exactement 40 ans. Or, de 1977 (année de la dernière pénurie alimentaire) à 2016, il y a 39 ans, bientôt 40 ans. On peut donc se demander si la menace de la famine n'est pas un fléau cyclique qui a lieu tous les 40 ans en Côte d'Ivoire.

  #Afrique #Consommation