Un appel islamiste condamne l'auteur Kamel Daoud, qui s'est fait connaître lors de la dernière rentrée littéraire française (2014) avec son roman « Meursault, contre-enquête », à la mort pour apostasie présumée. La "fatwa" a été émise publiquement sur une chaîne TV locale « Ennahar » (le jour), connue pour son adhésion aux idées du fascisme vert et sur les réseaux sociaux du Web, par un sinistre personnage ligué aux cercles commanditaires de l'insécurité terroriste qui sévit depuis un quart de siècle dans ce pays d'Afrique du nord.

Brutalement, cette assignation est destinée indirectement aux exécutants de la nébuleuse armée pour assassiner le chroniqueur du « quotidien d'Oran », dont le talent d'écrivain vient d'être consacré. Elle n'est pas la première dans un cycle de violence qui dure depuis un quart de siècle. Cependant, elle est la dernière du genre à cibler les intellectuels et à agiter une vaste indignation en Algérie. Elle advient au moment où la relance des sombres souvenirs de la guerre civile furieuse, appelée « la décennie noire », qui est l'une des plus horribles propensions qu'a vécu l'humanité ces dernières décennies.

« Meursault, contre-enquête », publié en Algérie par les Editions Barzakh en 2013 et en France par Actes Sud en 2014, avait que peu de chances de se faire remarquer, puisque sa sortie au printemps ne le prédestinait pas au succès en hexagone qui tablait depuis toujours sur les parutions plus récentes.

Mais l'œuvre du titulaire d'un prix Nobel et natif d'Algérie, Albert Camus, tant pour sa teneur philosophique que son style composé, essentiellement sur la thématique sociologique de la présence de la communauté française dans l'ancienne colonie, pour la décrire et la faire parler, reste un immense reportage sur une prétendue assimilation civilisatrice. D'où son évocation, revenant à chaque fois, d'une « nostalgérie », qui remue les rapports de deux peuples mitoyens et aspire à l'ambition complémentaire.

Cette confession, adressée directement aux autorités algériennes par un impénitent prédicateur, qui s'est fait connaître par son refus de se lever, avec son acolyte, un certain Ali Belhadj, lors d'une récente déclamation de l'hymne nationale algérienne lors d'une rencontre avec des partis de l'opposition, et qui est d'ailleurs sa seule apparition subversive, était davantage destinée aux criminels du genre « loups solitaires » de l'islamo-terrorisme.

Cependant, les responsables du pays, ne montrant aucune réaction à cet appel au meurtre, semblent avaliser la proclamation. C'est que les chroniques journalistiques, de Kamel Daoud, acerbes, envers le régime maintenant son cap de gouvernance ruineuse, dérangeaient la doxa alliant les tenants du nationalisme où sont accouplées les deux traditions : du paternalisme des indépendantistes et de la focalisation arabo-islamique.

D'appartenir aux gens des lettres, et de fructifier un butin linguistique puisé de la mémoire, réveille l'épreuve de vives critiques envers les tuteurs déraisonnables. Pour un intellectuel, venant à naître, donc davantage inaltérable qu'esclave du patriotisme en phase avec l'approximative et aliénante personnalité, s'assujettir équivaut à se conformer au capharnaüm des haines.

Avec son dernier manuscrit (il en a plusieurs), Kamel a obtenu en 2014 le « Prix François-Mauriac » et le « Prix des cinq continents de la Francophonie » 2014. Il a été décalé d'une voix pour le « Prix Goncourt » de la même année. #Lecture