Sorti le 26 novembre dernier dans nos salles, le film de Dan Gilroy use d'une promotion qui fait explicitement référence à Drive, du même producteur, en espérant surfer sur son succès. Au détriment de Night Call, comme du spectateur. #Cinéma

Night Call a presque tout pour lui. Magistralement porté par Jake Gyllenhaal, héros squelettique d'une génération livrée à elle-même, la qualité du long métrage est au rendez-vous. Le film, en effet, allie une critique pertinente de nos sociétés - férocité du propos face aux dérives médiatiques, lucidité sur les mythes de la méritocratie et du perfectionnement individuel - à une réalisation punchy, en adéquation avec son thème du contre-la-montre éditorial. En somme, il s'agit d'un film de très bonne facture. Enfin, non. Pas suffisamment aux yeux des producteurs.

De l'identité d'un bien culturel...

Pour la sortie française, ces derniers ont ainsi modifié le titre du thriller, effectuant par là même une pirouette qui lie la bêtise à la malhonnêteté : puisque le film Nightcrawler et celui de Nicolas Winding Refn, Drive, partagent une seule et même production, une imagerie, certes, assimilable (les bagnoles rutilantes, conduites à tout berzingue, de nuit, par des mecs, des vrais) et quelques thèmes en commun (la perdition individuelle), Nightcrawler devient Night Call. Souvenez-vous, il s'agissait du titre composé par le Français Kavinsky, thème phare... du long métrage dont Ryan Gosling est le héros.

… décolorée par le succès escompté.

Il y a pire comme imposture, bien sûr. Mais le pot aux roses commercial entrevu, nous nous sommes mis en quête d'avis sur ce drame dont la teneur, au fond, n'a pas grand-chose à voir avec celui qui connut une réception triomphale, il y a trois ans, dans l'hexagone. Les réactions sont sans équivoque : « je ne le voyais pas comme ça, mais c'était pas mal », « la bande-son est décevante », « dommage qu'ils ne creusent pas la relation amoureuse, parce-que les médias, bon, on s'en tape un peu. »... preuve en est qu'il y a comme malentendu sur la marchandise. Mais plus encore - et là est le plus regrettable - la promotion en trompe-l'oeil de Night Call agit comme un brouillard qui mystifie le spectateur, formate ses attentes, l'empêche de considérer Nightcrawler à sa juste valeur.

Voilà qui est dommage, vraiment dommage, car le regard qu'il porte sur un monde à l'éthique vacillante, simplement guidé par la recherche frénétique du gain, le hisse au rang des films qui ont une grande valeur, car pertinent sur l'époque du tout-marché. Mais ça, les producteurs ne le voient manifestement pas, à considérer leurs productions.... et, ironie du sort, propres pratiques commerciales.