Rencontre avec Sigmar Polke à la Tate Modern de Londres

L'enfance de Sigma Polke, (1941-2010), passée en Allemagne de l'Est, permit à l'artiste de porter un regard différent sur le monde qu'il découvrit en 1953 lorsqu'il arriva avec sa famille dans ce qu'on appelait alors l'Allemagne de l'Ouest avec une population fortement influencée par les médias publicitaires. Jusqu'à la fin de sa vie, en juin 2010, il n'aura de cesse de transposer dans ces œuvres ce "Réalisme capitaliste", nom donné avec son ami Richter lors de leurs études aux Beaux-Arts à Düsseldorf pour un courant artistique s'inspirant du pop art américain, dont les critiques souligneront l'audace pour un "Art contre la mode".

Sigmar Polke : un artiste en dehors de la norme

Dès les premiers pas, l'univers du plasticien s'impose en grands formats avec cette exposition "Alibis", œuvres monumentales imprimées en gros points, visibles jusqu'au 8 février à Londres. L'exposition dépeint son interrogation face aux manipulations de l'individu par le biais de la publicité. Ensuite, au parcours des salles, nous découvrons les nombreux dessins, collages, peintures et vidéos qui éclairent le spectateur quant à la compréhension du message que nous délivre le plasticien. Il faut dire que c'est parfois nécessaire avec des oeuvres comme ce clin d'œil à la renaissance avec un imposant Sfumato, comme ses croix gammées évoquant sa lutte contre le nazisme et sa propre perception en tant qu'Allemand avec Break Domination dans une palette sombre, comme ses thèmes inspirés de ses voyages en Extrême Orient immortalisés

L'insatisfaction au profit de l'Art

Dans une voie qui lui est propre, le plasticien s'oppose aux classifications de tout ordre en naviguant du Pop Art au mouvement Fluxus, en déstructurant le ressenti, en valorisant les couleurs, ceux-ci sur fond de recherche picturale où les supports informels se déclinent entre films plastiques, tissus et matières synthétiques, allant jusqu'à créer des tableaux chimiques dont les tonalités changent en fonction de la pollution atmosphérique. Jamais rassasié, l'artiste voyage entre cynisme et ironie en perpétuelle recherche de formes d'expression où les mots et les phrases rejoignent l'ambiguïté métaphorique.