L'affiche du film en dit déjà long : un drapeau étoilé qui flotte, une silhouette de soldat baignée de poussière. Deux symboles puissants de cette Amérique patriote qui rend hommage à ses vétérans partis au péril de leur vie servir les #Etats-Unis et leurs valeurs. Soit. Cependant l'étrange douceur mélancolique qui s'en dégage est pourtant loin de la terrifiante violence de l'histoire contée.

Le titre du film sonne également comme un paradoxe, pourtant choisi par le protagoniste lors de l'écriture de sa biographie: coller ensemble les mots american et sniper. Un choix délibéré d'associer l'identité nationale et la menace invisible, les deux visages d'un même homme et plus largement encore, d'un même pays. Cette histoire, c'est celle de Chris Kyle, un membre des navy SEAL, la force spéciale de la marine américaine, connu pour avoir été le sniper le plus prolifique de son temps. Mort assassiné en 2013, le militaire aurait tué à distance quelques 160 individus lors de ses passages en Irak, on le surnomme alors "la légende". Une légende pour certains. Pour d'autres il était un psychopathe qui considérait les combattants irakiens comme des "sauvages", du gibier à abattre. Face à ce film l'Amérique a montré sa fracture, le mythe n'est pas intouchable et il n'est plus fédérateur.

Le film, sorti il y a seulement quelques semaines aux Etats-Unis, est un immense succès, avec plus de 200 millions de dollars au box-office et plusieurs nominations aux Oscars. Mais il se révèle être aussi une redoutable arme politique qui glorifie cette figure de l'engagement, celle du héros américain précieuse à Hollywood.

Alors Clint Eastwood aurait-il réalisé un film de propagande déguisé ? On sait que l'acteur-réalisateur est un républicain engagé, voir le discours ubuesque de la chaise vide, que ses films sont souvent de longues métaphores sur les valeurs patriotiques et conservatrices chères aux pères fondateurs. Pour certains critiques, Clint Eastwood a justement échoué dans sa démarche, et son message de courage et sacrifice se retrouve déformé avec le recul. Ainsi pour beaucoup, "American sniper" montre surtout l'existence douloureuse d'un homme déshumanisé et qui ne cache pas son plaisir de tuer "les sauvages".

Cette ambiguité dans lequel baigne le film a fait monter au créneau les libéraux convaincus que cette histoire ne fait qu'instrumentaliser et glorifier une violence aveugle dans un pays déjà divisé sur le port d'arme et sur ses différents implications dans des conflits extérieurs. Mais son énorme succès ne fait que renforcer les convictions républicaines les plus profondes comme celles de Sarah Palin qui se dit ces derniers jours prête à reconquérir la Maison Blanche.

Le film comme son héros continueront à faire parler d'eux pour la course aux Oscars, car si Chris Kyle était un personnage trouble, Bradley Cooper lui, donne dedans la performance de sa carrière. #Cinéma