« Une question m'était souvent posée. 'Cela vous a-t-il troublé de tuer autant de monde en Irak?' Je leur répondais 'non'. J'ai aimé ce que j'ai fait. » Cette phrase sortie du livre autobiographique de Chris Kyle symbolise bien toute la polémique qui entoure le film sur le sniper américain. Dans les salles françaises depuis aujourd'hui, « #American sniper » n'en finit pas d'alimenter la controverse.

Héros pour les uns, assassin pour les autres

Les critiques sont très favorables. Le succès est incontestable avec déjà près de 400 millions de dollars générés. Le film est nominé six fois aux Oscars. Pourtant, « American Sniper » est très loin de plaire à tout le monde. Pour la petite histoire, le film de #Clint Eastwood se base sur l'histoire de Chris Kyle (Bradley Cooper), tireur d'élite de l'armée américaine, et envoyé en Irak dans le but de protéger ses compatriotes. Ses exploits lui valent d'obtenir le surnom de « légende ». Et pour cause, Kyle aurait tué près de 160 ennemis d'après le Pentagone, plus de 250 selon ses propres estimations. Cette réputation lui a attiré les foudres des insurgés qui ont mis sa tête à prix. Après avoir participé à quatre batailles, Chris Kyle rentre au pays. Il est assassiné par un « frère d'armes », Eddie Ray Routh, sur un stand de tir au Texas.

Aux États-Unis, les soutiens au film de Clint Eastwood ont fleuri. À commencer par celui de Michelle Obama, la First Lady, qui a déclaré : « 'American Sniper' est un bel hommage aux militaires qui se sacrifient pour l'Amérique. » Dans le camp républicain, une telle ode au sniper a évidemment été bien vue.

« Les snipers ne sont pas des héros »

Mais cela n'a pas empêché des critiques acerbes voire des accusations sans détour. « Mon oncle a été tué par un sniper pendant la Seconde Guerre mondiale. On nous apprenait que les snipers étaient des lâches. Qu'ils vous tiraient dans le dos. Les snipers ne sont pas des héros. » Le célèbre réalisateur Michael Moore ne fait pas dans la dentelle pour exprimer son désaccord sur le film. De même, Seth Rogen a comparé le film à une parodie de propagande nazie imaginée par Tarantino dans « Inglorious Bastards ».

Un risque de stigmatisation de la communauté musulmane

Si le long-métrage de Clint Eastwood fait autant polémique, ce n'est pas seulement parce qu'il a porté aux nues un tireur d'élite. Mais surtout sur la manière, selon certains détracteurs, dont il véhicule des idéaux racistes et anti-musulmans dans un contexte particulier. D'ailleurs, le Comité anti-discrimnation américain-arabe, l'ADC, a récemment constaté « un regain de menaces violentes à l'encontre de la communauté musulmane à cause de la façon dont les Arabes et les musulmans sont dépeints dans le film. » En France, l'inquiétude est la même après les attentats du mois de janvier. Le sénateur centriste Yves Pozzo di Borgo, a d'ailleurs écrit à François Hollande pour lui signifier les risques « de stigmatisation ». « Compte tenu des événements survenus au mois de janvier, il me semble que ce film pourrait être un élément qui contribue à la stigmatisation de la communauté musulmane en France. » Il a ainsi demandé au ministère de la Culture et au Centre national du #Cinéma et de l'image animée (CNC), de repousser la diffusion et d'interdire le film aux moins de 16 ans.

La sortie d' « American Sniper » n'est donc pas de tout repos en France et ne manque pas d'emballer les débats. Ce qui devrait lui être bénéfique.