#Etat Islamique, Daesh, Al Qaida... autant de noms qui défilent sur les bandeaux des chaines d'information en continu. Des noms automatiquement associés au terme djihad, victimes, guerre. Le nombre de morts dans les pays comme la Syrie ou encore l'Irak ne cesse d'augmenter. Et si pendant longtemps, la France pensait que les djihadistes étaient seulement des gamins qui passaient les frontières pour aller en Syrie, les attentats du 7 janvier ont prouvé le contraire. Et c'est parce que l'on a toujours pas compris ce qui s'était passé à Charlie Hebdo ou à l'hyper Casher, qu'il faut lire le livre d'Anna Erelle "Dans la peau d'une djihadiste, au cœur des filières de recrutement de l'Etat Islamique". Grâce à son travail d'investigation, on peut désormais tenter de comprendre ce qui a pousse chaque année des milliers de jeunes à quitter la France pour combattre dans un pays qui n'est pas le leur. Combattre ailleurs et parfois revenir commettre des attentats là ou ils sont nés.

Un travail de longue haleine

Anna Erelle (c'est un pseudo) a pendant longtemps tenté d'entrer en contact avec les djihadistes... mais malgré quelques contacts et plusieurs rencontres avec des familles de jeunes partis en Syrie, elle n'a jamais réussi à percé les méandres de ce que certains appellent le "djihad 2.0". Ces recrutements se font via écrans interposés, à coup d'images de propagande et de vidéo de combat filmées à l'américaine. Un jour pourtant, elle va entrer en contact avec un homme qui sans le savoir va lui permettre de réaliser le sujet dont elle a toujours rêver. Il s'appelle Abu Bilel et c'est un proche d'Abou Bakr Al Baghadi, le calife auto-proclamé de l'EI. Une rencontre qui va changer sa vie. Pour entrer en contact avec lui, elle deviendra Mélanie, une jeune femme de 20 ans, convertie à l'islam qui va se laisser approcher par ce soldat de Dieu.

Un mariage par internet

Rapidement, Abu Bilel, lui parle de son combat, de ce qu'il fait, en cachant plus ou moins ses exactions. Il lui explique que guerre sainte et aide humanitaire sont la même chose. La jeune femme lui plait et rapidement, il lui demande de l'épouser et de le rejoindre. La vie d'Anna va radicalement changer. La nuit elle est Mélanie, apprentie Djihadiste. Le jour, elle est Anna, journaliste qui vérifie ses sources et tente de recouper les informations données par son contact. Elle poussera même l'investigation jusqu'à suivre une partie du trajet de ces jeunes qui partent vers la Syrie en quête d'un Eldorado islamique. Finalement démasquée, Anna vit aujourd'hui sous une autre identité et change régulièrement de domicile. Une fatwa a été déposée contre elle.

Et la déontologie?

Le livre est passionnant et se lit d'une seule traite. Mais il laisse perplexe. Le travail d'un journaliste c'est donc ça? Se faire passer pour quelqu'un d'autre et obtenir des informations sans lui demander l'avis de 'interlocuteur? N'aurait-elle pas dû informer les autorités de son sujet? Ces dernières auraient peut-être pu tenter d'appréhender le djihadiste.... D'autres diront au contraire que dans certains cas, l'infiltration est la seule solution pour savoir ce qui se passe dans le monde. Après tout, les reportages en caméra cachée sont de plus en courant....Autant de questions auquelles chacun tentera de répondre. Mais quoi qu'il en soit, le travail réalisé par cette jeune femme reste impressionnant et force le respect. Un mois à flirter avec la schizophrénie. Une vie entière à reconstruire dans la peur. On est loin des clichés sur les journalistes qui font du copier coller. #Livres