Le 8ème festival "Des Images aux Mots" se déroule du 2 au 8 février 2015, à Toulouse. Il s'agit d'un festival de films LGBT organisé par les bénévoles de l'association Arc-en-Ciel. C'est aussi l'occasion de découvrir le travail remarquable et remarqué de la journaliste et photographe tchèque Jana Ašenbrennerová en République Démocratique du Congo.

Une exposition intimiste et des images rares

Un jeune homme, dans une attitude déhanchée, boucles d'oreilles pendantes et vêtu d'habits féminins, se tient dans ce qui semble être la cour d'un espace domestique. Du linge est étendu. Il regarde droit vers l'objectif tandis que deux femmes et une enfant sont tournées vers lui, à une certaine distance. Le poteau de la corde à linge marque comme une frontière. Peut-on la franchir pour se comprendre? La plus jeune s'en approche avec une attitude curieuse... Les deux autres observent, immobiles, avec un regard stupéfait et une moue interpellée.

C'est avec cette photographie phare que commence la série de clichés de Jana Ašenbrennerová. D'autres sont prises sur le vif, soit dans la rue, en plein jour, soit au cours de sorties nocturnes. Les attitudes diffèrent. Les unes nous font deviner, par leur pudeur, un certain rapport de la société à l'homosexualité. Les autres nous projettent dans une intimité que l'on devine sans flash au rendu des couleurs. Ce choix esthétique est aussi significatif d'une certaine délicatesse de la part de la photographe. Par cette contrainte, on l'imagine se faire oublier et ne pas perturber les instants auxquels elle assiste.

10 clichés sont exposés dans la petite salle de l'espace des Diversités et de la Laïcité de Toulouse. 10 clichés pour lesquels elle a reçu la mention honorable aux World Press de 2014. 10 clichés qui, malgré le cadre modeste où ils se trouvent, valent d'être connus. Comme le faisait remarquer l'une des organisatrices, "ce n'est pas le travail d'un jour". Pour réussir à saisir de tels instants, il faut prendre le temps de faire connaissance et d'établir un important rapport de confiance. Quand on sait à quel point il est difficile de filmer et de photographier en RDC, surtout un tel sujet, les clichés exposés prennent tout de suite une dimension supplémentaire. L'inaperçu de la vie (Living Unoticed dans son titre original) est une visibilité donnée à une minorité, souvent malmenée.

La situation des homosexuels au Congo

L'#Exposition donne matière à discussion. Alors que quelques 200 étudiants de Sciences Politiques étaient présents dans la matinée, lors du vernissage, c'est devant un groupe plus restreint, une vingtaine de personnes, que se sont exprimés les organisateurs. C'était le moment pour Amnesty International de rappeler les situations de discrimination que peuvent vivre les homosexuels au Congo.

Si dans le pays aucune loi n'interdit l'homosexualité, ni ne la réprime ouvertement, le quotidien des LGBT n'en est pas pour autant serein. Les insultes et agressions arrivent encore trop fréquemment dans la population civile. La tolérance n'est pas de mise et l'acceptation sociale reste difficile. Si le niveau de revenu donne lieu à un certain statut de tranquillité pour les homosexuels socialement avantagés, le sort des plus démunis les contraint souvent à la prostitution, parfois même sans protection car la pratique est mieux payée, et les risques encourus trop peu connus.

Fragilité des droits et des libertés

Le Congo est loin de faire exception en matière d'homophobie. En ce début d'année, au Brésil, deux jeunes femmes ont été chassées d'un bar pour "conduite inappropriée". Comme n'importe quel couple, elles échangeaient cette marque d'affection communément appelée, un baiser. Leur expulsion du lieu de consommation étant clairement un acte homophobe, et elles ont donc porté plainte. C'est ce qui a donné lieu, le dimanche 1er février, à un important baiser collectif dans la ville concernée, Ribeirao Preto. Une cinquantaine de personnes sont ainsi venues protester contre l'homophobie dans le pays. Deux couples sont même entrés dans le fameux bar pour un échange de baisers.

Si les récents attentats commis contre Charlie Hebdo nous ont montré la vulnérabilité et la force de la liberté d'expression, les exemples d'actualités venus du monde entier ne cessent de nous rappeler que toute liberté est un combat contre ses forces d'opposition, rien ne semble définitivement acquis. La liberté d'être homosexuel ne fait pas exception. Dans de nombreux pays, elle est encore passible d'emprisonnement, voire de peine de mort.

L'une des organisatrices de l'exposition rappelait qu'en France, l'homosexualité n'était dépénalisée que depuis 1982. Il fallut encore attendre 10 ans pour qu'elle ne soit plus considérée comme une maladie mentale. Les militants n'oublient pas que les équilibres sont fragiles et les victoires récentes au regard de l'histoire. La manifestation Des Images aux Mots, organisée annuellement par l'association Arc-en Ciel, est là pour ce genre de rappel. Les projections de films se poursuivent jusqu'au 8 février à Toulouse et les prolongations auront lieu dans la région Midi-Pyrénées du 11 février au 6 mars. L'exposition de la photographe Jana Ašenbrennerová reste visible jusqu'au 15 février.