Ce n'est pas notre homme-poisson franchouillard sans écaille qui a fait sensation à la Cérémonie des Oscars cette année, mais le gros oiseau américain en fin de carrière : Birdman. Récompensé par quatre grands prix (et pas n'importe lesquels : Oscars du meilleur film, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario original et de la meilleure photographie), ce film s'affichait vraiment comme quelque chose à ne surtout pas louper !

Birdman, dernier film d'Alejandro González Iñárritu, raconte l'histoire d'un ancien acteur célèbre pour des films de super-héro, où il était un homme oiseau, qui tente de monter une pièce de théâtre. Mais c'est surtout un film vertigineux sûr pour Hollywood, avec ses grandes questions autour de la célébrité. On est emporté par une caméra hystérique qui ne s'arrête jamais. Comme un oiseau en cage, elle tourne en rond dans le théâtre labyrinthique dans lequel est censé se jouer une adaptions de l'écrivain Raymond Carver, bien-sûr avec alcool et pistolet. Le début du film parachute le spectateur dans cet univers esthétiquement réussi mais où la narration est plus chaotique. Il devient néanmoins peu à peu un personnage à part entière qui se focalise hasardeusement sur différents protagonistes qui hantent plus ou moins le théâtre et ses coulisses, si ce n'est pas plutôt la caméra qui le fait. Tout est filmé en plan séquence, avec de longs travelling de suivi qui véhiculent une certaine énergie mais aussi un certain mal de crâne.

Il est ainsi difficile de focaliser notre attention sur un élément précis. Comme dans un jeu de piste, il semble que ce soit plus le corps du spectateur qui soit emporté dans l'embuscade plutôt que son esprit. C'est pourtant un #Cinéma très bavard qui met en scène du théâtre d'une façon plutôt inédite. L'élément déclencheur de l'histoire n'est pas sans rappeler le Fantôme de l'opéra ; mais ce n'est finalement pas lui qui déroule le fil conducteur du film. Il semble plutôt y avoir quelque chose de fort psychologiquement autour du personnage principal, le théâtre et ce qui l'entoure. Tout semble évoluer dans une dimension parallèle ; dans la vaine des films qui sortent actuellement au cinéma.

Et puis il y a cette séquence mémorable où le protagoniste marche en slip dans la rue et que tout le monde le reconnait comme l'homme oiseau des films à grand spectacle et effets spéciaux. Mais est-ce que cela ne veut pas dire, quelque part, qu'on est ce que l'on est et que cela ne changera jamais ? Message assez pessimiste. Peut être que Hollywood a plutôt juste voulu faire un immense coup de pub à ses blockbusters ! Ou peut être faut-il persévérer à ne pas écouter la voix off de Birdman qui finira bien par s'étouffer dans ses plumes !

La séquence du revolver est très forte mais le dernier acte est finalement un peu ambigu et d'un intérêt nuancé. Il est regrettable de voir que les meilleurs moments de ce film sont dans sa bande annonce et que ses choix esthétiquement forts soient rendus possibles par des effets numériques, sans aucune forme de véritables performances. Mais il y a pour autant une atmosphère particulière dans ce film, avec un décalage ni trop petit, ni trop grand, avec notre monde réel, dans un espace temps particulier - les ellipses sont d'ailleurs admirablement bien maîtrisées - qui fait que Birdman à une véritable identité visuelle !

Birdman (ou la surprenante vertu de l'ignorance) - au cinéma depuis le 25 février