Docteur en philosophie, Michel Eltchaninoff a étudié le phénomène Poutine. Interrogé sur l'actualité et le meurtre de l'opposant Nemtsov, le philosophe explique la position du dirigeant russe face à cet homme. « Poutine considérait Nemtsov comme quelqu'un de dangereux qui avait un discours très libre en s'opposant aux événements de l'Ukraine de l'est », souligne-t-il. « Nemtsov représente ce que Poutine n'aime pas, l'homme politique des années 1990 lors du retour à la démocratie avec Eltsine. Poutine n'aime pas cette période qu'il considère comme le désordre et le chaos ». Comme il le décrit dans son ouvrage, le dirigeant est fortement inspiré par des grands penseurs russes du 19ème et 20ème siècle, dont Ivan Iline. « Il n'est pas très connu mais il plaît beaucoup à Poutine car il écrit dans les années trente et cinquante lors de son exil en Occident. Iline imaginait le leader postcommuniste. Il a dressé le portrait du leader postsoviétique dans lequel Poutine s'est reconnu ».

Une admiration pour les partis populistes

Le dirigeant russe n'a pas peur d'une confrontation avec l'Occident. Il suit la tradition des slavophiles. « Pour lui, la #Russie a une voie propre et l'Occident empêche la Russie de suivre sa voie. Lors de l'annexion de la Crimée il y a un an, il avait déclaré que ça faisait des siècles que l'on repoussait la Russie dans son coin. Il veut affirmer la voie de la Russie même si ça passe par une confrontation avec l'Occident ». Un Occident qu'il considère comme décadent alors que la Russie est, selon lui, une force. « Il veut prendre appui sur des personnes qui parlent russe dans le monde, une sorte d'agents d'influence ».

Il montre également une certaine admiration pour les partis populistes. « Il parie notamment sur une victoire de Marine Le Pen en France. Le Kremlin a beaucoup de contacts avec le Front National. Il aide tous ces partis de manière assez active ». Pourtant, lors de son arrivée au pouvoir en 1999, Poutine affichait un visage pro-occidental. « Au début, il a un peu fait semblant d'être modernisateur, d'être comme les Européens pour ne pas leur faire peur. Mais en même temps, il allait en Chine prononcer des discours très antioccidentaux. En 2004, on a assisté à un premier tournant conservateur quand il s'est appuyé sur des valeurs traditionnelles comme l'Eglise et la hiérarchie ». Face à cet impérialisme nouveau, jusqu'ou ira Vladimir Poutine ?