La Pinacothèque lève le voile et présence, du 12 mars au 13 septembre, près d'une centaine de tableaux réalisés dans les années 1980 et 1990 par les plus grands maîtres.

Des à priori trompeurs

Le Street #Art, ou art urbain, souffre d'une méconnaissance du grand public. Il est parfois méprisé et associé à l'illégalité. Longtemps, ses artistes ont été traqués et chassés par la police, souvent assimilés à des parias sans règle ni loi. Il était donc important de présenter au public et aux collectionneurs la véritable histoire de ce mouvement ainsi que quelques œuvres d'artistes emblématiques qui ont marqué l'art du graffiti à ses débuts.

Un art basé sur le respect

Cet art de la bombe est technique, coloré, figuratif, empreint de générosité et d'énergie. Il est très réglementé et basé sur le respect. Les graffeurs se livrent entre eux à de véritables « battles » artistiques, ils se mesurent avec les mêmes outils, huit bombes de couleur, et participent à des joutes esthétiques dont le style, l'originalité, l'imagination sont les seules armes. Ils forment un groupe homogène et établissent des rangs, des classements avec leurs propres « Maîtres » et ils couronnent leurs rois qui portent le titre de "King". Ceux-ci sont les seuls à pouvoir figurer sur leurs toiles une couronne à trois branches, symbole et affirmation de leur prestige. En revanche, ils rejettent les copieurs et les sans-talents.

Faire connaître cet art

À part Keith Haring ou Basquiat, qui ont réussi à exposer dans des musées, la plupart de ces artistes de rue restent des noms inconnus, alors qu'ils sont les créateurs de ce mouvement artistique planétaire.

Alain-Dominique Gallizia, commissaire de l'exposition, véritable mécène du graffiti sur toile, collectionneur passionné de cette peinture de rue, a voulu montrer les transitions esthétiques majeures du mouvement graffiti. « C'est un pan entier de l'histoire de l'art, dont le public aura trop longtemps été privé, explique-t-il. Le marché de l'art lui a tourné le dos. C'est pourtant le rôle des musées de chercher l'œuvre là où elle est faite. Si les musées n'étaient pas allés chercher l'œuvre de Vincent Van Gogh, les tournesols seraient en train de pourrir dans un champ de tournesol… C'est une aberration du milieu de ne pas vouloir reconnaître l'art de la rue. Le marché n'est pas encore établi et les galeries ne sont pas bien informées. J'ai cette mission que l'artiste américain Rammellzee m'a confiée avant de mourir, de faire connaître cet art, de montrer qu'il y a autre chose à voir que ce qu'on donne en pâture tous les jours. Ce sont des artistes tagueurs, mais il faut leur accorder aussi le nom de peintres. Il y a une révolution et c'est le moment de la faire… »

L'exposition « Le Pressionnisme », à la Pinacothèque, présente des œuvres des premiers maîtres : Phase 2, Rammellzee, Dondi, Futura 2000, Seen, Blade, Zephyr, Quik, Toxic, etc. ainsi que des artistes importants : Noc, Mode-2, Coco, Bando, Skki, Ash, Jay, Tracy, Rime, Bill Blast, T-Kid… Les supports utilisés vont du métal d'origine des premiers wagons, au bois, au carton, au papier, et même à la moquette avec une majorité de toiles, matériaux plus noble que les artistes n'avaient pas toujours les moyens de s'acheter. Les techniques utilisées sont la bombe, le collage, la résine et même l'intégration d'objets.

Informations Pratique :

• À la Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine, Paris 8e du 12 mars au 13 septembre, de 10 h 30 à 18 h 30, nocturnes les mercredis et vendredis jusqu'à 20 h 30. Billet : 13 €, tarif réduit : 11 €.