Hier matin, l'information a fait le buzz : la très (re)connue journaliste Pascale Clark qui officie sur les ondes de France Inter n'a pas eu droit au renouvellement de sa carte de Presse pour la saison 2015. Un petit séisme dans le monde si bien capitonné du Service public.

« Trente ans de carte de presse. Numéro 53 216. Partout je l'ai obtenue. »

C'est avec ces mots amers que la journaliste a rappelé à tous son statut de privilégiée et réagi à la décision de la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels (CCIJP). Selon Bénédicte Wautelet, présidente de la Commission, cette décision se justifie par la nature même de la nouvelle émission de Pascale Clark, intitulée « A'live », plus proche du divertissement que de l'information. Si la réaction de la journaliste est compréhensible, lorsqu'on considère l'ensemble des détenteurs de carte de presse en France et leur légitimité parfois douteuse, il est bon de rappeler que non, le divertissement ce n'est pas de l'information, fort heureusement, et que ça veut encore dire quelque chose.

Un motif de refus courant

L'argument du divertissement avait déjà coûté leur carte de presse en 2013 à Laurence Ferrari et ses chroniqueuses pour leur émission Grand 8, programme phare de la chaîne D8 et considérée comme un pur divertissement. Le Grand Journal de Canal+ et l'équipe de Yann Barthès avaient, pour les mêmes raisons, essuyé pas mal de refus la même année. Un droit qui n'est donc jamais acquis car comme le rappelle Bénédicte Wautelet : « On a pas la carte de presse à vie ».

Les « permittents », une pratique honteuse chez Radio France

Si l'égo blessé de Pascale Clark mobilise ses amis journalistes, comme Patrick Cohen qui s'est montré indigné à l'antenne du 7/9 qu'il présente sur France Inter, il en agace plus d'un. Car derrière le non renouvellement de carte de presse de la journaliste, qui finalement ne devrait pas changer son quotidien, se cache un sujet bien plus scandaleux, celui du statut même de la dame. Car oui, et ça c'est la nouvelle du jour, Pascale Clark est intermittente. Une réalité qui a scandalisé les intermittents du spectacle sur les réseaux sociaux.

Car si l'intermittence est un régime précaire, quoiqu'en disent les médias toujours à l'affût d'un bouc émissaire, et que le statut est difficilement renouvelable chaque année pour les artistes et techniciens qui peinent à se faire payer leurs quota d'heures, Pascale Clark et beaucoup de ses confrères sont les symboles de tout ce qui discrédite le statut : des permittents, soit des intermittents permanents. Une aberration dont usent et abusent les grandes chaînes de médias françaises pour gagner plus, en payant toujours moins.

Le principe est simple: ne pas embaucher en CDD les animateurs d'émission mais les payer en cachet, uniquement le temps de la saison puis les rembaucher, ou pas, à la saison suivante. Entre deux saisons, les animateurs touchent leurs indemnités de chômage spécifiques auprès du Pôle Emploi spectacle. Des indemnités dont on n'ose imaginer le montant.

Si certains journalistes profitent largement de ce type de contrat, c'est avant tout leurs employeurs qu'il faut dénoncer. Depuis quelques années déjà, le scandale des permittents avait été pointé du doigt par les intermittents eux-mêmes qui avaient accusé Radio France et France Télévisions de profiter du système au détriment des petits travailleurs.

Alors que le régime de l'intermittence défraie la chronique régulièrement, accusé de coûter trop cher à la société, malgré les chiffres qui prouvent le contraire, l'Etat serait le premier fraudeur et employeur de permittents. Une réalité qui ne devrait pas améliorer la cote de popularité des vrais intermittents auprès de l'opinion publique.