À regard, regard et demi. Dans un contexte géopolitique plus que sulfureux, derrière les voiles médiatiques et les divers écrans qui nous font voir le monde, le plus souvent à défaut de pouvoir le parcourir nous-mêmes, entre divertissement, et selon certains, propagande idéologique, plongeons dans les fauteuils moelleux des salles obscures...

D'une propagande à l'autre?

Alors que le djihad continue d'enrôler et de faire sa promotion racoleuse jusque sur les réseaux sociaux européens, où de jeunes adolescents et adolescentes isolés succombent parfois à la tentation, comme on sombre dans le désespoir et la guerre, le dernier film de Clint Eastwood, le très controversé American Sniper, semble débarquer d'Hollywood comme pour rectifier le tir, à tel point qu'il est qualifié par certains de propagande américaine. Sujet épineux, gare aux doigts! Au terrorisme et à Daesh reviendrait l'arme médiatique des vidéos web, et aux américains l'armada cinématographique de Los Angeles pour entrer en guerre idéologique? Chacun son truc. C'est à première vue ce que l'on pourrait penser, bien qu'il semble difficile de parler de propagande dans le cas d'un film isolé.

Quoiqu'il en soit, du côté de la presse et des spectateurs, la vigilance est toujours de mise, et l'esprit critique en veille active, ce qui est en soi, bon signe.

Plus nuancé qu'il n'y parait

Tout américano-centré qu'il est, American Sniper n'est pas exempt de questions, ni de doutes. Pas de jouissance à tuer, jamais de véritable sentiment de victoire, le film alterne entre moments de violence en Irak et retour aux Etats-Unis, la cruauté de la guerre, et la famille.

Dès le premier tir, il n'y a ni bien, ni mal, juste un engrenage et des rôles prédéfinis dans lesquels sont stigmatisés les protagonistes de chaque camps. Le meurtre d'un enfant qui allait lancer des grenades sur l'armée américaine écœure plus qu'il ne fait prendre parti. De part et d'autre, personne ne sort véritablement de sa condition pour entamer un autre dialogue que celui des armes. La logique est presque mécanique. Ceux qui sont envahis résistent, avec l'héroïsme du désespoir parfois. Ceux qui envahissent protègent leurs positions en éliminant tout ce qui menace leur sécurité sur fond d'idéologie liée aux évènements du 11 septembre.

On ne voit que des êtres humains pris dans la folie que provoque l'incompréhension mutuelle élevée au garde de guerre.

Sandwich à idées

Le monde est une larme à plusieurs visages qui ne sont pas les mêmes suivant le lieu d'où nous le regardons. À l'Est de l'Ukraine, les Nations Unies intensifient l'aide alimentaire, tandis que La famille Bélier vend tranquillement du fromage, activité qui passera complètement de mode, une fois le transhumanisme développé jusqu'à ce que "l'homme ne soit plus un mammifère" selon cette formule radicale du journal Le Monde. Après du meurtre, de la guerre, du sang, et la mort d'enfants, les petits jeux d'humeurs SM de Christian Grey, en cinquante nuances, font pâle figure dans le film de Sam Taylor-Johnson. Des balades en hélicoptère et une jolie voiture payées de quelques coups de ceinture en cuir, pas de quoi fouetter un chat, mais inspirer 50 nuances de gras chez les Guignols.

La réalité superpose ses entrelacs d'informations, pour un sandwich ou une bouillie que l'on consomme. À quand suffisamment d'intelligence pour recycler tout ça en un monde meilleur?

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