Ancien sociétaire de la Comédie-Française, césarisé en 1997 pour son rôle dans le film Capitaine Conan de Bertrand Tavernier, écrivain à ses heures perdues, le comédien Philippe Torreton est aussi reconnu pour ses engagements sur la place publique et pour ses prises de positions radicales - on se souvient notamment de son coup de gueule au sujet de l'exil fiscal de Depardieu. Sa dernière cible : François Hollande, qu'il fustige avec tristesse et colère dans un ouvrage intitulé "Cher François, Lettres ouvertes à toi, Président", publié en février dernier chez Flammarion.

« La vie de mon pays me passionne, me questionne, me hante »

Tel un chroniqueur rigoureux, Philippe Torreton revient sur deux ans et demi de politique avec cet ouvrage aux accents de pamphlet qui prend la forme d'une suite de lettres ouvertes adressées personnellement au Président de la République. Un ton direct, un tutoiement nécessaire selon l'artiste pour interpeller, s'il est encore temps, un Président qui a tout simplement « trahi la Gauche ». Revenant sur son propre engagement politique, brandissant avec ferveur le fameux discours du Bourget qu'il se targue de connaître par cœur, Philippe Torreton accuse. Le virage indécent de la politique du gouvernement qui n'a plus rien à voir avec une politique de Gauche, la ligne de conduite sociale démocrate voire libérale affirmée haut et fort par François Hollande et que personne, ni même lui, n'avait vu venir. Assumant l'ironie et la provocation comme moyens de s'adresser à un Président si loin de lui, Philippe Torreton ne se prive pas de pics savoureux comme « « Tu aurai dû bosser pour Sarkozy en 2007 plutôt que de soutenir maman » ou encore « François, tu avais un vrai avenir à droite, je ne comprends pas ton plan de carrière (…) »

Pointant du doigt l'écart entre petite politique intérieure et vision globale, consterné et accablé, il s'interroge sur le manque de projet à long terme du Gouvernement. La question climatique, la politique économique de l'Europe, la Grèce et Syriza et la Culture enfin, enfant pauvre de ce nouveau gouvernement. Une culture, comme il le rappelle, dont le budget a été sérieusement entaillé dès l'arrivée de François Hollande à l'Elysée, une culture dont aucun homme politique n'a parlé après les attentats du mois de janvier, une culture enfin représentée par une Fleur Pellerin qui n'a pas pris la parole à un moment aussi important de l'histoire de notre pays. Au micro de la Matinale de France Inter le 16 février dernier, il déplorait le manque d'intérêt de François Hollande: « On veut apprendre la Marseillaise, on s'interroge sur la discipline, sur l'obligation du service civique. Mais la culture, c'est l'arme absolue du vivre ensemble. »

« Je n'ai aucun problème avec les artistes qui n'ont rien à dire, ça ne me dérange pas, c'est un droit »

C'est en ces termes que le comédien a répondu aux accusations de certains artistes face à ses coups de gueules médiatisés, notamment au fameux « Moi, il m'emmerde ce type » de Gérard Darmon qui n'avait pas apprécié l'appel aux artistes de son confrère à s'exprimer plus souvent dans le débat public. Invité hier à l'émission radio « Tout et son contraire » de Philippe Vandel sur France Info, Philippe Torreton réaffirmait sa volonté de débat en lançant un appel à ceux qui préfèrent ne rien dire : « Parlons, parlons, il en sortira toujours quelque chose et le pays s'en portera mieux ». Un règlement de compte par médias interposés qui n'a pas dit son dernier mot. Rappelons qu'en 2012, Philippe Torreton était notamment monté au créneau en accusant certains d'être des exilés fiscaux. Les tweets bêtes et méchants qui s'en sont suivi, comme celui de Gad Elmaleh, n'avaient fait que lui donner raison. Gageons que l'affaire SwissLeaks rendra prochainement tout ce beau monde un peu moins fanfaron.

"Cher François, Lettres ouvertes à toi, Président", de Philippe Torreton. Editions Flammarion. Février 2015. 18€ #Livres