C'est un être intemporel, monument humain de toute l'histoire du #cinéma, qui est parti dans le ciel ce jeudi 2 mars 2015. Manoel De Oliveira, cinéaste doyen du septième art, toujours en activé, a quitté ce monde, âgé de 106 ans.

Depuis 25 ans, le réalisateur tournait environ un film par an. C'est une oeuvre cinématographique atemporel qu'il laisse derrière lui : depuis Aniki Bobo, plutôt dans un genre néo-réaliste jusqu'à l'Etrange Affaire Angelica, à la suite de Singularité d'une jeune fille blonde, jeunesse à tendance anachronique, onirique et au-delà de toute vraisemblance. Son dernier film, Gebo et l'Ombre, est un film dramatique sortis en 2012. Au total, une quarantaine de films, tournés sans précipitation, à un âge plutôt avancé, sa filmographie est hétéroclite, particulière, et riche. Une palme d'or lui a été remise à Canne pour ses cents ans, récompensant l'intégralité de sa carrière. Discret et mystérieux, le cinéaste nous a peut-être laissé une oeuvre post-mortem.

Manoel De Oliveira a toujours été très marqué par ses origines portugaises qui ressortent dans ses films, souvent tourné autour de Porto mais c'est surtout un artiste intemporel qui a traversé l'histoire du cinéma. Il est le seul cinéaste a avoir connu l'époque du muet. Jusqu'à ses derniers films - c'est à dire jusqu'à aujourd'hui, car il ne s'est jamais arrêté - son esthétique est marquée par ce rapport très particulier au temps. Un cinéma actuel qui n'est pas une leçon de vie mais plutôt une image de passé dans le présent, fondue l'une à l'autre ; le panorama d'une existence personnelle, témoin d'une période à l'échelle presque de l'histoire de l'art cinématographique. Plutôt marginal, en tout cas unique, c'est un cinéma qui ne peut être imité, parce que c'est l'oeuvre d'une vie, traversant les années. Manoel De Oliveira était un reflet du passé mais toujours actualisé au présent.

"Si on m'enlève le cinéma, je meurs" ; c'est ce que disait Manoel De Oliveira, réalisateur depuis 1942. Il ne s'est jamais arrêté.