Inspiré par les écrits d'Albertine Sarrazin, le film de Brigitte Sy cherche pourtant à ne pas se heurter aux écueils  du biopic -c'est d'ailleurs pour cela qu'elle a choisi le noir et blanc, pour "échapper à la reconstruction historique, et c'est le piège avec la couleur"- mais s'intéresse à une rencontre. Elle laisse de côté l'enfance chaotique de la protagoniste, sa mort injuste. C'est Albertine et Julien, point. 

Vie déchirée, multi-abandonnée, libérée et sauvage Albertine Sarrazin se retrouve incarcérée, très jeune. C'est en s'évadant, en chutant qu'elle rencontre Julien. C'est en tombant d'un mur qu'elle tombe amoureuse. Se briser ce minuscule os du pied, l'astragale, qui pourrait être le nom d'une étoile, c'est  lui donner le temps de réapprendre à marcher pour prendre le temps d'apprendre à aimer. Et espérer être aimée (armée) en retour. "J'ai mis un pied-bloqué-dans la vie d'un voyou et tout m'y surprend, tout m'y intrigue..." écrit Albertine Sarrazin dans son roman éponyme. Fascinée par ce petit truand elle fascine dans le même temps, Marie, son amie saphique. Ce n'est pas un triangle mais un cercle amoureux, où Albertine aime Julien comme Marie aime Albertine. Et Julien de finalement aimer Albertine comme elle le mérite et l'attendait quand il la découvre aux travers des lettres qu'elle lui envoie. C'est son talent davantage que son charme qui a un pouvoir extraordinaire de séduction. On peut claudiquer et danser de la main. On peut avoir le pied bancal et le poignet adroit. 

Et le couple d'acteur d'avoir ce même talent de séduction. Leila Bekhti surprenante de ressemblance et Reda Kateb dont le regard est probablement le plus intelligent du #cinéma français donnent de la couleur et du relief à ce film bichrome. Les faire se rencontrer, les faire s'aimer, les faire mûrir ensemble c'est certainement le coup de génie de Brigitte Sy. 

Rien ne surprend ni n'intrigue dans ce film, reste qu'il a une forme de justesse et de finesse. Reste qu'il fait re-naître un personnage historique talentueux.