Depuis le début du mois d'avril, l'amateur d'art, de passage à l'Institut français de Yaoundé, est vite frappé par l'harmonie entre les couleurs et les formes combinées par une trentaine d'artisans camerounais à l'occasion de l'exposition "Missanga". Un événement qui réunit les artistes spécialisés dans la récupération d'objets usés ou naturels... Ici s'expriment génie créateur et inspiration dans la fabrication des tennis aux perles, des bustiers en bambou de raphia, des babouches à l'"obom" (une écorce d'arbre), des boutons aux fibres de bois de bambou communément appelé bambou de Chine, des sacs à base de bouchons de bière.

Un matériau naturel

Dissakè, auteur d'un collier royal, décrit son œuvre et la symbolique qui l'accompagne: "C'est vrai que j'ai utilisé les fils d'aluminium qui m'ont permis de tisser des symboles faits de perles, afin d'obtenir ce collier royal porté par les chefs traditionnels et les reines de chez-moi. C'est aussi une occasion de poser les marques de ma culture dans cet univers contemporain. On dit souvent que si on ne sait pas qui on est, on ne pourra pas dialoguer avec les autres".

Ben Binyotto, artiste pluridimensionnel, est l'auteur d'un bustier à base de fibres de bananier et de bois de bambou. Il a mis en relief le bouton, le premier élément utilisé parmi les fermoirs. Ce fils de couturier se souvient des difficultés de son père à trouver des boutons dans les années 40. Au quotidien, il met un accent sur la production des ceux-ci, ce qui facilite le travail des autres artisans comme lui. Amoureux de la préservation de la nature, il s'offusque de voir des boutons faits avec des écailles de tortues, car cela pourrait accélérer la capture de ces dernières, et par conséquent, exterminer cette espèce suffisamment menacée. Ben Binyotto, ajoute que: "c'est une philosophie qu'on partage à travers la nature: celle de donner et de recevoir pour l'établissement du rapport homme-nature".

Kinbright Bissong est une artiste en herbe. Productrice d'objets comme les babouches, les sacs à mains, les habits. Selon elle, le message qui soutiendrait cette exposition reste celui de valoriser la culture camerounaise dans sa diversité et en partant de celle de l'Afrique toute entière. La logique du #Cameroun, Afrique en miniature, pèse sur cette session.

Cette exposition n'a pas échappé à la lecture de Martial Ngué, journaliste et critique de l'art. Il pense que cette session permettra de mettre en vitrine le travail de l'artisan et par ricochet l'artisan lui-même, très souvent mal récompensé par son travail. Martial Ngué voit déjà à la longue le bénéfice de l'artisan si de telles initiatives se multiplient. C'est donc pour un renouveau artisanal au Cameroun.