La très dynamique Fondation Maurice Carême vient de publier un ultime recueil posthume de Maurice Carême aux Éditions l'Âge d'Homme.Voici donc la dernière pierre de l'œuvre du poète et non des moindres, elle parachève un chemin d'écriture amorcé en 1925 et qui se clôt avec ce superbe ouvrage illustré magnifiquement par une trentaine de photographies prises par Jeannine Burny.

Ces photographies où l'on découvre Maurice Carême, son béret sur la tête, son sac au dos, assis au bord de la Meuse à Stenay ou devant le Loing à Nemours ou encore écrivant dans l'abbaye de Saint-Martin-du-Canigou, nous invitent à l'accompagner dans des lieux d'une beauté limpide, de véritables sources d'émerveillement et d'inspiration pour l'auteur.

Et c'est bien d'émerveillement qu'il est question tout au long de ces 250 pages d'itinéraire poétique au cœur même de l'être, dans une simplicité et une évidence qui nous laissent pour le moins dans une rêverie enchantée. Ainsi devant la mer, le poète de s'extasier comme un enfant qui la découvre pour la toute première fois : "Imaginez-vous un vert de jade / Puis à l'horizon, un vert sombre / Qui la souligne ainsi qu'une ombre".

Un lieu, une personne, un poème

Au cours de ses randonnées en France de 1972 à 1976, chaque lieu visité devient le prétexte à l'écriture d'un ou de plusieurs poèmes. Rivières, châteaux, abbayes, forêts, les nombreuses villes traversées mais aussi les personnes rencontrées ou entrevues tel un groupe de pêcheurs ou un clochard, deviennent les sujets de ses poèmes qui nous ramènent sur les rives d'une sérénité apaisée.

Et pourtant dans cette candeur apparente surgissent soudain des questions essentielles qui ont trait à notre existence et à notre finitude. Une sourde angoisse semble émerger entre les vers : "Seuls, passent là-haut sur la dune / De grands oiseaux couleur de lune / De grands oiseaux qui crient sans fin / Que tout ici est incertain".

Mais même si tout "ici est incertain", Maurice Carême, mieux que nul autre, sait cueillir le jour. Ainsi ses poèmes, sont-ils de purs instants de grâce à savourer sans modération. Il ne nous reste plus qu'à suivre les mêmes chemins "sac au dos"pour mettre nos pas dans ceux du poète afin que comme lui, "assis dans la barque du temps" nous puissions voir "Les eaux rêver, là-bas, en attendant le soir". #Livres #Belgique