« C’est quoi être belge ? » C’est la question que pose Ilyas Mettioui, jeune metteur en scène dans la pièce « Contrôle d’identités ». Ici, pas de discours moralisateur, aucune certitude, mais un échange autour d’une réflexion sur l’identité de chacun. Rencontre avec un jeune metteur en scène, Belge d’origine marocaine, mais pas que.

« Je suis né en #Belgique, je suis donc Belge. Mes parents sont nés au Maroc et je suis donc Marocain. J’ai vécu au Mexique pendant presque un an, du coup je suis Mexicain. Même si je n’ai jamais été aussi Belge qu’au Mexique. En 98, j’ai été Brésilien pendant la coupe du monde, même si à la mi-temps de la finale je suis devenu Français. À 3-0, j’étais même fier de l’être. Sur mon scooter, quand je mets mes Ray-ban, je me sens Italien. Le mur de Berlin est tombé, j’avais 1 an et j’étais Allemand. Par contre pendant la Seconde Guerre mondiale je n’étais pas Allemand. Puis un jour, on m’a dit que j’avais tort. »

Nous avons tous un passé, une histoire, une culture. Certain sont nés en Belgique, vivent en Belgique sont donc belges, mais ils sont liés à différentes cultures par l’histoire de leur famille. Ils sont les deuxièmes, troisièmes générations d’immigrés. D’autres n’ont que la Belgique comme origine, mais ont vécus mille histoires, expériences. L’identité d’une personne se résume-t-elle à cela : une identité nationale ?

Une histoire, une idée, un projet

J’ai donné rendez-vous à Ilyas Mettioui dans un café du centre-ville. Le café est trop bruyant pour faire une interview. On décide de se poser en terrasse. Pourtant, ce jour-là, c’était un vrai jour de drache nationale comme on dit chez nous. Qu’à cela ne tienne. Quand le jeune homme se présente, cela donne : « Je suis Ilyas, tout simplement. » Tout est dit, ou presque. Il me raconte son histoire.
Ilyas Mettioui grandit à Bruxelles et vit dans un quartier populaire de la ville. En primaire, sa mère l’inscrit dans une école catholique où la population est complètement différente de celle de son quartier. Il apprend très jeune à s’adapter aux personnes qu’il côtoie. Ses amis de l’école ne sont pas issus du même milieu que ceux du quartier. Ils pensent différemment, parlent différemment, se comportent et s’habillent différemment. « On frôle la schizophrénie. On a vite l’impression de jouer un rôle. Pourtant, je ne suis pas faux avec les gens. Je suis différentes personnes. » C’est en repensant à cet épisode qu’Ilyas va creuser cette question de l’identité. Dans nos sociétés, il est naturel d’étiqueter une personne. On a besoin d’assigner quelqu’un à une case. Une case, c’est cela. Une personne égale une identité, égale une case. Mais lorsqu’on demande au jeune metteur en scène ce que l’identité signifie pour lui, il répond : « C’est un fourre-tout. On y voit plein de choses. C’est quelque chose qui aide à se retrouver, mais qui ne doit pas être fixe. On doit accepter son mouvement. Et c’est cela qui est un peu effrayant. On a envie de s’accrocher à quelque chose. On a envie de dire : « moi je suis belge ! » Au moins je sais ça. C’est clair que c’est angoissant d’accepter ce mouvement-là. Mais on est beaucoup plus qu’une étiquette. On n’a pas toujours conscience de ce qui nous sommes. Finalement, quand on y pense, on n’est même pas le même qu’hier. Il y a un des événements, une rencontre, un film, l’actualité qui peut transformer. » C’est de ce constat, de cette réflexion que va naître « Contrôle d’identités ».

« Contrôle d’identités », c’est quoi ?

Un spectacle qui fait penser, qui fait parler. Un rassemblement de clichés, d’idées reçues auxquelles nous sommes confrontés tous les jours afin d’établir une réflexion, un échange de points de vue. Après le spectacle, le public est invité à discuter avec le metteur en scène. «  La seule règle que je veux imposer, c’est de communiquer en « Je » et pas en tant que Belge ou Marocain ou autre » précise Ilyas Mettioui. « Contrôle d’identités »  est joué depuis 2014. Cette année, elle sera jouée les 7,8 et 9 mai à l’Espace Magh et sera encore présentée cette année en octobre au théâtre Marni à Flagey, à Ixelles. « La pièce change à chaque représentation. Du moins un peu à chaque fois parce que justement on explore la frontière de « quand joue-t-on un rôle et quand n’est-ce pas le cas ». Il faut garder un équilibre fragile où le spectateur ne sait jamais trop où se trouve-t-il tout en comprenant ce qui est dit. » Ilyas Mettioui colle à l’actualité. Dans la pièce, on y parle d’#Immigration, de nationalité, de #Racisme, de communautés minoritaires, de religion et de la laïcité. Autant de facteurs qui forgent notre personnalité, notre identité, ce qui nous définit. « Contrôle d’identités » bouscule nos idées reçues sur l’Autre et sur nous-mêmes. C’est un collectif de jeunes qui nous présente cette pièce. Elle est moderne avec une mise en scène où la vidéo et le son enrichissent le propos. On parle « jeune » à des jeunes et moins jeunes. Il y a du chant, de la danse et de l’humour. Le public est constamment en train de réfléchir sur sa position, son comportement face aux autres. Bref, une pièce complète dont vous ne sortirez pas indemne.

Si vous désirez voir ce spectacle, il est encore possible de réserver vos places en visitant le site d’Espace Magh, à l’adresse suivante : http://espacemagh.be/agenda_detail_fr.php?event_id=485