Le propos de ce Sans Valentin n'est pas d'une originalité frappante. On vient sans aucun doute pour assister à une exposition de l'homosexualité masculine, au-delà des clichés. L'intention est de dépasser les idées reçues, de sortir du modèle Cage aux folles, mais d'assurer l'exercice, dans la légèreté, l'humour, la spontanéité.

Le rendu est-il au rendez-vous?

Commençons par les déceptions. Le texte, qui ne sert pas la bonne tenue de la trame. Assez heurté, plutôt laborieux, et un humour qui n'est pas forcément à la hauteur des ambitions. On comprendra que la première, celle de s'affranchir des images vues et revues et celle de se refuser à tomber dans la justification, ait pesé. C'est peut-être une attention trop grande montrée dans la rédaction qui nuit finalement, par des lourdeurs dans le style, à la fluidité du spectacle.

Précisément, le déroulé a du mal à échapper à la "pièce à sketches", les tableaux se suivant sans qu'une transition soit toujours dessinée.

En sens inverse, il y a tout d'abord la formidable performance des acteurs. Bien sûr, les caractères sont très marqués entre le jeune premier type bellâtre (Valentin), le peintre homosexuel installé et bougon (Anthony), et le quasi-puceau de 30 ans qui ne demande qu'à tomber amoureux d'un homme (Romain), même s'il n'y avait jamais pensé. Mais, même si le travail est ainsi facilité, s'ils peuvent aller jusqu'à frôler la caricature, les trois acteurs jouent avec facilité, et surtout, chacun dans son registre si bien défini, avec un vrai humour.

C'est la grande qualité de ce Sans Valentin qui, ainsi, fait rire sans déranger, emporte dans le jeu des acteurs sans renoncer à l'émotion vraie des vérités qui n'existent pas. Les types décrits ne sont finalement pas forcés, et les costumes qui en rajoutent sur les clichés, passent grâce à la performance, à la légèreté apportée par nos acteurs.

Au final, le spectateur ne va pas regretter l'heure et quart passée à la #comédie de Paris: trop de précautions dans la rédaction sont contrebalancées par le caractère haché des sketches successifs (un plus finalement) et l'humour du jeu dramatique.

Le spectacle est aussi dans la salle: il est rare de trouver une répartition pratiquement 50/50 entre couples homo et hétéro, et le rire de bon cœur des uns et des autres, sans regards en coin, est peut-être la grande réussite de la pièce de Jocelyn Flipo.

Sans Valentin, de Jocelyn Flipo, avec Mathieu Coniglio, Thomas Jacob et Yohan Genin. La pièce se joue à La Comédie de Paris. 42, rue Pierre Fontaine 75009 Paris. #Art #Paris culture