Un Français c'est l'histoire de Marco, un jeune rempli d'une colère noire, qui avec ses amis Grand-Guy, Braguette et Marvin arpente les rues en collant des affiches prônant l'extrême droite, et en cognant des Arabes. Le film nous fait suivre l'histoire de ce jeune homme sur une trentaine d'années durant lesquelles il va tenter de renoncer à ses idées haineuses et sortir de cet engagement politique pour devenir "quelqu'un de bien". Le parcours de ce skinhead vers la réhabilitation, est le dernier film tourné par Patrick Asté, plus connu sous le nom de Diastème. Consécutivement musicien, auteur de romans, dramaturge et metteur en scène pour le théâtre, Diastème coécrit des scénarios avec Christophe Honoré (Tout contre Léo) et Antoine de Caunes (Coluche, l'histoire d'un mec), avant de réaliser son premier long métrage en 2008 pour lequel il retrouve Christophe Honoré ( Le bruit des gens autour). Il revient cette année portant ce projet à bout de bras, un film écrit après l'affaire Clément Méric, et la mort de ce jeune militant antifasciste survenu lors d'une confrontation violente avec des skinheads le 5 juin 2013 dans les rues parisiennes. Un sujet qui prend toute son importance à une époque où le questionnement sur la problématique du communautarisme et les excès identitaires se retrouve au centre de l'actualité. L'histoire focalise sur l'extrême droite française, ce qui est un fait rarement traité au #Cinéma. Le long chemin du repentir choisi finalement par le personnage principal, se veut une réflexion sur l'endoctrinement suscité par la colère et la frustration d'une certaine population, un engagement pour "le vivre ensemble" malgré les difficultés et les différences. Un film de paix et de cinéma comme le soutient le réalisateur.

"Et je rappelle au passage ce que la presse semble occulter : le Front National est un parti qui a du sang sur les mains. Les présentateurs télé l'oublient, moi, je m'en souviens. Ce parti a été créé par des nazis français, on ne peut pas le traiter comme les autres partis, on ne peut pas occulter cette dimension historique. Aujourd'hui encore, nombre de collaborateurs de Marine le Pen sont des anciens du GUD" (le groupe d'union française, est un collectif d'étudiants d'extrême droite réputé pour la violence de ses actions, notamment dans les années 70).

Cinquante avants-premières dans cinquante villes françaises étaient prévues le 2 juin prochain. Elles ont toutes été annulées. Le sujet du film effraie les exploitants qui reprennent leurs billes les uns après les autres. Sur les 100 salles prévues pour la projection du film par Mars Distribution, il y en a aujourd'hui moins d'une cinquantaine qui compteront le diffuser le 10 juin prochain. Et cela malgré le retour positif fait sur son film, qu'on juge comme étant important et nécessaire. Diastème se trouve abattu par la nouvelle et le fait savoir sur son blog. Les exploitants ne souhaitent pas prendre le risque de sortir un film engagé dans un contexte social tendu comme aujourd'hui, et préfèrent boycotter plutôt que d'attendre d'éventuelles réactions du public.

Au lendemain du festival de Cannes et de la rafle faite des récompenses pour un cinéma français qui se veut justement engagé, avec les films d'Audiard et de Brizé, on pourrait s'attendre à plus d'enthousiasme et de bienveillance pour Un Français de la part des exploitants. Mais ce film réalisé avec un budget beaucoup moins important, et ayant pour thème un sujet tout aussi "polémique" ne fait visiblement pas parti de leur priorité. Et plutôt que de mettre en avant la diversité du cinéma Français en encourageant une œuvre emblématique et audacieuse, un film positif qui lutte contre une certaine fatalité, choisissent la facilité en boycottant sans plus de formalités.