Le synopsis : Isabelle et Gérard se retrouvent dans la Vallée de la mort, afin d'accomplir point par point le programme dicté dans deux lettres que leur a adressé leur fils Michael, avant de se suicider, 6 mois auparavant, et dans lesquels il promet de revenir lors de ce séjour.

Critique : Valley of Love

On peut aborder ce film de plusieurs manières. Si j'en crois les rires de spectateurs à la fin du film, alors qu'une autre partie du public semblait à l'unisson de ma propre émotion, certains y verront seulement une parodie de film d'auteurs français, (cf. à l'excellente parodie du Palmashow). Mais il n'en est rien. Dans un premier temps, c'est l'occasion pour les plus cinéphiles de retrouver le couple Isabelle Huppert et #Gérard Depardieu, plusieurs années après le film Loulou de Maurice Pialat (1980).

Une autre particularité, est celle de la mise en abyme des acteurs jouant leur propre rôle d'acteurs célèbres -les personnages s'appellent d'ailleurs Isabelle et Gérard. Ce qui donne un résultat comique. Les personnages semblent s'effacer derrière les acteurs, et la caméra les filme en tant que personnes.

Dans « Valley of Love », le décor a un rôle prédominant. Pourtant la manière de filmer la vallée n'est pas entièrement convaincante. Et ce malgré les marques corporelles, les remarques sur la chaleur, et le plan très large, pour faire ressentir les conditions extrêmes de tels paysages le film. A titre de comparaison, Gerry, de Gus Van Sant, était plus efficace.

Mais si ce film ne vous fait pas transpirer, il va vous enthousiasmer par ses dialogues. Les dialogues, ou l'art de mélanger avec autant d'importance les conversations banales sur le côté beauf d'une chemise, puis une conversation profonde, des questions sur leur relation avec leur fils, le partage des souvenirs communs, de très nombreuses disputes, et une conversation pour le moins étrange, apportant un aspect supplémentaire au film avec ses scènes irrationnelles, mystiques, à moins que ce ne soit onirique. Chacun s'en fait son idée, et le choix n'est pas nécessaire. On se laisse porter.

Il soulève des questions sur la mort, entre autres. Il faut dire que la Vallée de la mort est sans doute le meilleur endroit pour s'en préoccuper, et de là, par une triple introspection. D'abord, celle de Nicolas Nicloux, le réalisateur, qui dédie d'ailleurs ce film à son père : Alain Nicloux. Lors d'un séjour dans ce gouffre, son propre père, décédé, lui était apparu inexplicablement. Le film reste cependant une fiction.

Ensuite, les personnages sont amenés à se poser des questions sur eux-mêmes, parfois dérangeantes, et ouvrant tous les champs du possible. Il faut dire qu'avec les volontés de leur fils, l'isolement dans ce grand canyon, où le réseau est quasi-inexistant, la longue attente sous une chaleur intenable, tout ceci à supporter avec un ancien amant pendant une semaine, sont sans aucun doute des conditions propices à l'introspection.

Enfin, le film invite le spectateur lui aussi à cette introspection. Dans tous les cas, chacun peut en ressortir avec ce qui l'intéresse, dans une certaine liberté.

Ce film ne vous fera ni verser de larmes ni rire aux éclats. Mais il vous entraîne en à peine plus d'une heure et demie dans un véritable voyage. On se pose mille questions, alors même que l'on sait bien qu'il est vain d'y chercher de la logique. Des questions d'ordre mystique, ou spirituel, ou tout simplement, vont-ils se remettre ensemble ? Que voulait Michael ? 

Et puis, d'un point de vue purement subjectif, je suis rentrée avec un réel apaisement. Ce film avec un point d'orgue final magnifique, nous fait quitter à regrets ces deux grands comédiens.

Sortie le 17 juin 2015, avec Isabelle Huppert et Gérard Depardieu. (1 h 32) #Cinéma