Le pitch : Mori, un jeune japonnais décide de retourner à Séoul dans l'espoir de revoir celle qu'il aime (Kwon). Celle-ci étant absente, en l'attendant il hère, vit et fait de multiples rencontres.

Critique : Hill of Freedom

Hong Sangsoo glisse discrètement de très bonnes trouvailles cinématographiques. Et cela en gardant son style esthétique et son rythme pour raconter des histoires. Mais voilà, le film a une temporalité discontinue. Les scènes se suivent au gré de la lecture désordonnée des lettres. Une brillante idée qui rejoint celle du livre que lit Mori, pour lequel le temps est une construction mentale. À nous de reconstruire la chronologie, et donc notre propre histoire.

Cette dernière sera celle de l'amour. Celui de Mori pour Kwon, qui à chaque rencontre se retrouve dans la position de révéler la raison de sa présence à Séoul (avec une surprenante aisance). Mais Kwon ne faisant pas surface, elle ne semble plus être le personnage principal, bien que sa « présence » soit toujours flottante dans l'esprit de Mori. À chaque rencontre se tisse d'autres intrigues pas forcément de manière chronologique, et qui sont plus ou moins proches de notre patient personnage.

Les liens entre les personnages sont pour le moins inattendus, et se suffisent pour être comiques. Ce peut-être aussi bien un chien, prénommé « Gumi » (rêve), que quelques mots, virant crescendo à une dispute pendant laquelle même le spectateur se fait tout petit afin de ne pas s'attirer les foudres de l'écran. Et certaines intrigues s'arrêtent aussi net qu'elles sont arrivées. Il est surprenant de voir la connivence que l'on a quand on juge les personnages, ainsi on comprend rapidement qui était ce mari si désagréable, et mauvais.

Ce qui ne change pas, c'est la justesse avec laquelle il nous parle des Hommes. Leur calme désespoir, parfois plus agité, leur amour, les indécisions qui l'accompagnent, ou les problèmes plus terre-à-terre de la vie. Les relations aussi y sont bien dessinés, malgré l'aspect bancal mais plaisant des conversations. Pendant lesquelles les multiples scènes fortes en alcool permettent aux personnages de délivrer des pensées profondes, mais aussi des raisonnements quelque peu aléatoires, et des échanges sans prise de tête. Inversement un simple « why is it so difficult ?» se révèle être une question bien subtile.

Hong Sangsoo a donc réussi à mettre en scène la complexité humaine, bien au-delà d'une somme de caractéristique tel que : « Ils sont agréables, polis, et propres ». #Films #Cinéma

Sortie le 8 juillet 2015, avec Ryo Kase, Younghwa Seo, Sori Moon, Eui-sung Kim. (1h06)