A notre époque plongée dans un nihilisme économique et libéral, les vrais artistes semblent avoir disparu. Où sont les nouveaux Georges Brassens, les nouveaux Jacques Brel, les nouveaux Léo Ferré... ? N'existent-ils tout simplement pas ? Ou sont-ils noyés dans l'idéologie du relativisme absolu qui laisse le monopole à l'argent, au marché, au commerce ?

Car si tout est relatif, il n'y a pas de vérité absolue, seulement des vérités totalement subjectives, autrement dit : tout vaut tout, et donc tout vaut rien. Ainsi tout le monde a raison quoiqu'il dise, quoiqu'il fasse, puisque l'objectivité est impossible. De cette manière la dernière chanson d'un Booba sera placée sur le même pied d'égalité qu'une chanson de Brassens, la dernière #Musique de David Guetta vaudra un prélude de Joan Sebastian Bach et le cul affiché à la télévision d'un Mickael Youn, l'humour caustique de Pierre Desproges.

Pourtant, bien que nous entrevoyons tout sous l'angle de notre subjectivité, il n'en reste pas moins qu'une objectivité est possible. Chaque subjectivité porte une part de l'universel en lui et le Moi total est un leurre de la conscience qui débine le Soi, dont la part est autrement plus importante. Il existe bien une vérité, la vérité, qui possède une pluralité de façades selon les individus qui l'interprètent, souvent d'une façon erronée. 

On voit bien alors le danger d'une telle idéologie niant l'absolu du Vrai. Tout le monde peut faire tout et n'importe quoi sans se soucier de la vérité, de la justesse, de l'intelligence, de ses actions. Et c'est d'ailleurs ce qu'il se passe actuellement. Aujourd'hui les rois, nos "grands Hommes", sont des histrions, qui sous prétexte de divertissement, entretiennent, ce que Nicolas Bedos nommait récemment dans un article publié dans le Huffington Post, la tyrannie de la déconne, qui élève le dernier bouffon venu au rang de star. Le potache et la vulgarité font désormais la loi enlisant les vrais artistes dans l'océan de boue du fun, du cool, du sensationnel.

Dans ce nihilisme généralisé où tout se vaut, rendant impossible toute hiérarchie des valeurs, c'est donc le gain qui détient la primauté. Le travail artistique est dénigré au profit de l'aspect purement commercial. Les starlettes de la société actuelle ne sont pas celles qui ont fourni les travaux de meilleure qualité, mais celles qui possèdent le capital vente le plus élevé. Dans cet ordre d'idée consumériste, on ne se préoccupe guère des vrais-artistes et fabrique des pseudo-artistes à tire-larigot, plus motivés par leur carrière que par ce qu'ils ont à transmettre au public. Au revoir les artistes, bienvenue aux carriéristes !

Alors, je le déclare : la culture se meurt ! et avec elle les artistes qui se voient refuser la publication de leur oeuvre parce qu'elle n'est pas assez commerciale. Le mépris de l'intellect et de la raison enclenché par un complexe d'infériorité des moins érudits a donc permis de mettre tout le monde au même niveau en abaissant les plus forts, les plus intelligents, aux côtés des plus faibles, des moins bons, parce qu'il est plus facile de procéder de la sorte plutôt que de viser l'élévation du plus faible au niveau du plus fort, et même plus.