En attendant l’enregistrement de leur premier album, probablement d’ici à la fin de l’année 2015, Juan Carmona à la guitare et Ptit Moh au mandole se sont réunis, cette fois-ci, sur la scène d’Ibn Zeydoun à Alger, promettant un nouveau langage d’ampleur universelle. Nul doute qu’il n’est pas aisé de mêler le chaabi (musique née dans les années 1920 à la Casbah d’Alger) à un courant du flamenco et vice-versa. Les deux solistes démontrent bien cette possibilité de les fusionner depuis le lancement de leur chantier. Ces deux artistes ne cessent d’entretenir leur processus en assurant plus d’harmonie dans leur répertoire. Comparé à la performance antécédente (Dimajazz 2014 à Constantine), celle du 26 juillet dernier revêt un plus grand rapprochement entre les deux parties. D’abord, Ptit Moh, de son vrai nom Mohamed Abdennour, offrira une pièce flamenco. Il faudrait se mettre à l’évidence qu’il n’est facile de jouer ce genre sur le mandole, l’instrument des solistes du chaabi. L’auditoire en sera bien surpris. C’est dire que cet instrumentiste est novateur. Autant que Juan Carmona qui, lui, fidèle à sa ligne de conduite, joue avec élégance son premier morceau. A chacun son prélude, à chacun son tour de présenter brièvement sa musique avant de s’exprimer en duo. Ensuite, le flamenquiste et le mandoliniste s’accordent dans les rythmes, usant de modes similaires aux deux cultures pour les placer dans la méthode jazz. Soutenus par le pianiste Smail Benhouhou (également compositeur et arrangeur), l’esthétique est beaucoup plus riche. Pour ce musicien, accompagner au « piano à queue donne toute une âme, ça rapproche du mandole et de la guitare pour aboutir à une expression plus intime et plus profonde ». Son jeu axé sur le jazz révèle en même temps les basses, les suites d’accords et les envolées lyriques du duo. Au-delà des points de convergences, l’improvisation n’est pas exclue. Cela favorise, percussions à l’appui, celles d’El Bandolero au cajon notamment et de Youssef Grim à la derbouka surtout, une plus grande communion. D’après Juan Carmona, « le projet a commencé à mûrir, j’espère qu’il y en aura d’autres, parce que je suis très motivé ». Aussi, Ptit Moh n’oubliera pas de chanter, s’affirmant dans le pur style de Amar Zahi, un des grands maîtres du chaabi. De la poésie, il y en aura encore, avec l’invité Jughurtha Ajrad en fin de #Concert. En ténor confirmé, ce dernier se convertira en soprano dans un tour de chant mi-andalou mi-flamenco. Il illustre lui aussi l’opportunité d’un langage commun entre deux cultures méditerranéennes, soit le rapprochement de deux musiques qui, aujourd’hui, établissent des passerelles naturelles grâce à la témérité de deux virtuoses.

Mohamed Redouane

http://fr.blastingnews.com/culture/2015/07/anis-benhallak-la-nouvelle-sensation-du-jazz-00490261.html

http://fr.blastingnews.com/culture/2015/07/indochine-devient-actionnaire-de-tidal-00474305.html

 

 

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