Spyrow, Porte- parole des sans voix, artiste majeur de la scène reggae ivoirienne.

J'aime savoir ce qui conduit un artiste à faire de la musique donc je ne vais pas déroger à cette constante. Qu'est-ce qui t'a poussé à faire de la musique?

Je fais partie d'une famille de musiciens. Miezzan Michel, mon grand frère, bassiste émérite de Jazz, m'a fait découvrir le reggae. J'ai perfectionné mon enseignement au côté de mon père,  maître de chœur à l'église, où j'ai été touché par le virus musical. C'est là que j'ai fait mes premiers pas de choriste et de percussionniste. Après une courte expérience  avec le groupe "Les Chevaliers du temple oublié", j'ai intégré le "Kingston Ganstar", l'un des plus célèbres bands de l'#Afrique de l'Ouest.  L' album "Jah Bless" a été salué par la presse et m'a fait connaître en Côte d'Ivoire. J'ai alors décidé de me lancer dans une carrière solo. Mon premier album "Jahmo Jahmo", Dieu merci en langue baoulé, marque l'étape majeure de mon parcours artistique, c'est le fruit d' une collaboration avec d'autres artistes africains comme Didier Awadi, Xuman, Daddy Maky et Kajeem...Artistes, qui reprennent le flambeau du reggae africain. 

Quels sont les artistes, qui t'ont inspiré, Spyrow ?

On a tous été bercés dans notre enfance par la musique de Bob Marley et influencés par, notre aîné et modèle, Alpha Blondy,  Les reggaeman africains  ont depuis essayé de suivre sa trace. Pour imager, je dirais qu'Alpha Blondy est le pilier central d'où sont nées les boutures et les multiples branches d'une nouvelle arborescence d'artistes, qui essaiment partout en Afrique.  Progressivement, j'ai découvert des artistes de la new génération jamaïcaine, tels que Capelton, Luciano, Jah Cure et tant d'autres, qui ont nourri, enrichi ma culture musicale.

Nous, les reggaeman africains avons crée un style, une cuisine ou une "sauce" sur une base jamaïcaine avec des ingrédients africains. C'est ce qui donne une couleur propre à notre reggae et le différencie du reggae jamaïcain.

J'aime beaucoup ton dernier titre "Souffrance"et le clip de ce morceau, te considères-tu, comme disait Aimé Césaire, investi de la mission de parler pour ceux qui n'ont pas de bouche?

Bien sûr,  tous les artistes et, c'est d'autant plus vrai pour les reggaeman, sont les portes- parole des sans voix et il s'évertuent à défendre les opprimés. La seule arme que nous manions, le micro, la force, la puissance de nos lyrics au service du peuple, d'une humanité opprimée. Nous oeuvrons pour le changement. Dénoncer c'est faire réfléchir, c'est ce que le reggae fait inlassablement, comme le rap, le rock, etc.

 Est-ce que le reggae bénéficie d'une bonne couverture médiatique en Afrique?

Non, malheureusement, en Afrique le message que porte le reggae dérange nos dirigeants donc il est un peu censuré voir même limité dans sa diffusion. Par contre, lorsque l'opposition fait campagne, elle utilise le reggae pour attaquer le pouvoir. C'est un signal fort  pour le peuple. Mais dès que les candidats accèdent au pouvoir, ils oublient le message reggae. Parce qu'ils reproduisent ce que le reggae dénonce...Lol.Toujours est-il que nous continuons à le jouer et à le faire entendre. En côte d'Ivoire, il y a une vraie diversité culturelle, à chacun de choisir son style qui va du Zouglou au reggae, en passant par beaucoup d'autres tendances.

Quelle question aimerais-tu que je te pose?

La politique me préoccupe, les attentats terroristes forcément. La mauvaise gestion humanitaire de ces "soit -disant" grandes puissances du monde, qui s'écroule sur des innocents, sous nos yeux.

Que Jah nous guide et nous protège.

Que les africains s'unissent et travaillent, tous ensembles, au changement. #Art