Selon certains professeurs d'#Art, "un fond coloré vous donne la possibilité d'unifier votre toile"... Et bien si l'on s'en tient à la #Peinture à l'huile, il est restrictif de vouloir s'astreindre à un panneau trop uniforme. Le danger de ces paroles évoquées depuis le tréfonds des salles de cours et qui raisonnent à toute volée dans le cerveau des dociles élèves, engluent les artistes débutants dans des préceptes asservissants dont nous avons déjà évoqués les effets pernicieux dans une précédente chronique.

 

L'attrait principal de la peinture à l'huile réside dans le fait qu'elle est malléable à souhait, qu'elle se travaille quasiment sans limite de temps, si on évite de la laisser sécher. La pigmentation est d'une richesse illimitée et nous maîtrisons parfaitement les effets désirés, et ce jusqu'à la touche finale. Pourquoi donc vouloir se limiter à un travail sur un fond uniforme ?

 

La toile elle-même offre déjà un fond parfaitement exploitable. La blancheur immaculée d'une toile, par exemple, est une base sensationnelle pour construire une scène dont le développement apparaîtra plus marqué, plus soutenu, plus évident. Debout devant le chevalet, l'âme et l'esprit ont besoin de stimulis positifs, et la grande aventure de la toile blanche aide à se transporter dans la dimension picturale sans astreintes, sans limites. Le fait de déterminer un fond me semble catégoriquement en opposition avec l'expression libre que doit défendre et développer le peintre. Déterminer un fond sans connaitre l'évolution progressive qui donnera le caractère à l'oeuvre, c'est un peu comme faire l'enduit du mur avant de monter les briques.

 

Encore une fois, je m'en tiens à la peinture à l'huile. C'est ma spécialité, et les cours que je donne sont exclusivement tournés vers cette technique. Là aussi, j'applique le précepte qui oriente toute ma philosophie se rapportant à l'art : guider sans contraindre. On pourrait faire un parallèle sympathique avec l'équitation. Ce n'est pas un hasard me concernant. Je vois la toile comme une mosaïque, non pas comme une plaque uniforme. Le travail ton sur ton amène à des subtilités et des profondeurs que seule l'usage de l'huile permet. D'aucuns diront "peindre à l'huile prend trop de temps !" et je leur réponds: "quand on n'a pas le temps pour peindre, on n'a du temps pour rien.

 

Chaque partie de mes toiles est élaborée individuellement, puis ces détails plus ou moins grands sont liés ensuite par cette superposition de tons travaillés dans la pure tradition du glacis. Et l'on assiste alors à la mise en valeur des motifs, chacun d'entre eux ne vivant que par lui même au centre d'un tout. L'oeil ne se lasse pas. L'émotion est déclenchée par une rupture de l'uniformité et un ensemble de détails qui prennent vie.

 

Construire un fond, c'est s'astreindre, et pour trouver son plaisir dans la création d'une oeuvre, l'astreinte est un frein. Se libérer des carcans oppressifs et des dogmes des "grands maîtres" est un passage obligé vers l'épanouissement personnel. Bien entendu, rien n'interdit de prendre connaissance des techniques développées par certains artistes et cela est même indispensable. Mais rien ne remplacera la volonté de découvrir soi-même sa voie, à force d'un travail acharné et continu, à force d'insatisfaction et d'opiniâtreté.

 

L'art de la peinture n'est pas une science, au contraire, il tend à montrer toute la beauté que recèle le monde sans s'appuyer sur des lois cartésiennes. Je ris souvent lorsque de soit-disant grands critiques d'art s'évertuent à nous donner les clefs qui ont conduit un maître à la réalisation d'une magnifique oeuvre. Bien des chefs-d'oeuvre sont nés dans les vapeurs d'une nuit d'ivresse et la rigueur académique n'y est pour rien. Une peinture à l'huile est une porte ouverte sur la plénitude et l'évasion de l'esprit. On n'emprisonne pas un esprit avec des règles.