L'histoire des croisières est pleine de charme. Elle sent le charbon et l'huile de coude, elle fait raisonner dans la brume des ports le son caractéristique des cornes actionnées à la vapeur. Elle anime les quais bruyants et gais des cris des passagers pris dans la frénésie de l'embarquement. Des porteurs se hissent à l'assaut des coupées avec sacs et malles. Des valets tirés à quatre épingles accompagnent discrètement leurs patrons. Des fiacres se fraient un passage dans la cohue... Nous sommes à l'heure de gloire des transatlantiques, fiertés et porte-drapeau de leur pays respectif. Les coques élancées et les monstrueuses cheminées signent le dessin de ce qui se fait de plus élégant dans le monde.

 

Prendre la mer à bord d'un palace flottant, mais sans oublier dans quel environnement nous évoluons...

 

Les navires connus du début du vingtième siècle, notamment, ont agrémenté bien des conversations de salon. La course au raffinement a pris son envol avec les nécessités économiques des compagnies maritimes : la concurrence fait avancer la technologie et avec elle les performances. A cette époque la clientèle fortunée souhaitait traverser l'Atlantique au plus vite et dans un confort égal à leurs hôtels particuliers. Le ruban bleu symbolise cette escalade de la vitesse et stimule les deux nations phares : la France et le Royaume-Uni. Et cette course débridée liée à des contraintes mercantiles bat son plein aujourd'hui, sauf que l'idée que l'on se fait du raffinement et du bon gout a cédé la place à l'extravagance et l'ostentation.

 

La mer, c'est par où ?

 

Lorsque l'on voit au loin, posées sur l'horizon, ces barres d'immeubles flottants, on peut se demander quelle est la finalité de telles constructions. Mais où est donc passé le navire ? Alors que tout le monde rêve de faire une croisière, on introduit les passagers dans un objet monobloc monstrueux en leur faisant oublier autant que possible qu'ils sont en mer. Casinos, restaurants qui servent à volonté des quantités astronomiques de nourriture, salles de spectacles, cinémas, parcs d'attraction... mais au fait, à quoi cela sert-il aujourd'hui de monter à bord de ces pachydermes ? Envie de quitter votre quotidien ? Mais vous retrouvez vos voisins de palier et la configuration de bien des barres d'immeubles dans ces embarcations impersonnelles et sans charme.

 

Les escales écourtées et livrées au bon vouloir de sociétés locales pas franchement dévolues à la transmission de la culture et de l'histoire des sites.

 

Une escale à Venise... Il y a des décennies cela avait du charme. Aujourd'hui c'est l'enfer ! Les paquebots beaucoup trop imposants massacrent les fonds de la lagune, déstabilisent les édifices et font courir à sa perte la cité. Le volume humain vomi des entrailles de ces monstres dépasse souvent la capacité raisonnable d'accueil de bien des sites historiques et naturels. Et que penser de ces programmes mettant en péril l'existence même des pôles ? Quand le monde va-t-il se réveiller et arrêter de s'ébahir niaisement devant ce qui l'entraîne à sa perte ? Le plus grand paquebot du monde ! Et alors, ils l'ont tous été à leur sortie de ces chantiers étonnants de savoir-faire.

 

Si un jour vous souhaitez faire une vraie croisière, commencez par monter à bord d'un véritable navire. Penchez-vous au-dessus de l'eau iodée et laissez-vous porter dans l'éclat enflammé des couchers de soleil. Offrez-vous des soirées inoubliables dans les îles grecques. Perdez-vous dans les ruelles des vieux ports. Goûtez aux cuisines locales. Et prenez le temps de vous cultiver. La croisière c'est un art de vivre qui commence par le profond respect à témoigner à la mer qui nous accueille. Des casinos, il y en a à tous les coins de rues...   #Tourisme