Chris est le fondateur du site Bad Bitch Central. Sur Facebook, leur fanpage compte plus de 40.000 abonnés. Les articles engagés et sans langue de bois de l'équipe font leur succès. Entre féminisme et ragots sur les stars US, ils oscillent entre potins et véritables prises de conscience. Rencontre avec un futur magnat de la presse.

 

Virginie Caille : Bonjour Chris est-ce que tu veux bien te présenter ?

Chris : J'ai 20 ans, j'ai commencé par des études littéraires. J'ai affûté mes compétences en me dirigeant vers une formation professionnelle dans les métiers du livre. J'ai ensuite fait une autre formation plus spécifique dans les médias, c'est là que je me suis rendu compte que beaucoup de sous-cultures n'étaient pas représentées.

 

VC : Qu'est-ce que Bad Bitch Central ?

C : C'est au départ une communauté de fans de Nicki Minaj. La fanpage s'est modifiée quand Nicki a été victime d'une campagne de dénigrement en 2012. Son physique, le fait qu'elle soit différente des autres popstars... étaient critiqués. J'ai commencé à écrire des articles qui partaient d'un élément de la culture pop pour le déconstruire, et mettre en avant une problématique sociologique. Par exemple, évoquer Nicki Minaj, femme noire issue du milieu hip-hop, nouvelle arrivante dans la pop, me permettait d'évoquer la place des femmes noires dans la pop et plus généralement dans la société.

 

VC : Tu comptes plus de 40.000 abonnés sur la page Bad Bitch Central. A ton avis, quelle est à la raison de ce succès ?

C : Je pense que ce qui fait le succès, mais aussi le rejet de Bad Bitch Central, ce sont nos prises de position très tranchées. On est contre la misogynie, l'homophobie... On se considère comme un média social, il reflète les personnalités des contributeurs du site. On est incisifs, subjectifs, parfois vindicatifs, mais c'est voulu.

 

VC : Quelles sont tes références, tes inspirations ?

C : J'ai décidé d'arrêter de me référer à des médias qui ne représentent pas ma réalité comme Elle, Libération, HuffingtonPost France... Désormais, je m'intéresse aux médias inter-sectionnels, féministes et éthiques, comme For Harriet, Everyday Feminism, Bitch Media, AfroPunk, Femme d'influence.

 

VC : Te considères-tu comme un militant ?

C : J'ai lu qu'il y avait trois phases dans la vie d'un militant. La première : on est choqués, outrés, on pleure. La seconde : on va manifester. Lors de la troisième, on passe à l'action. Je pense en être à la seconde, mais je vais pas tarder à passer à la troisième (rires).

 

VC : Que reproches-tu au clan Kardashian-Jenner ?

C : D'avoir supplanté la place de femmes noires dans la pop culture ! La pop-culture est cyclique. Aujourd'hui, on reprend la mode des années 90-2000 : les box braids de Janet, les crop-tops, les baggys... On aurait dû avoir une télé-réalité avec une famille noire et puissante. Kris Jenner a compris comment se faire de l'argent, quitte à utiliser des moyens déloyaux. Elles ont compris ce que véhiculait le fait de s'afficher avec un homme noir : la puissance, la virilité, la cool-attitude... Des clichés certes, mais ça fonctionne. Les attributs qu'elles revendiquent sont ceux de la culture noire. #Kim Kardashian n'est pas naturellement faite ainsi, mais ce qui est valorisé chez elle - ses fesses - est dénigré chez des millions de femmes noires. Pareil pour les tresses, ça me met hors de moi qu'elle s'en arroge la création. Une fois qu'une culture est appropriée, elle est perdue : regardez le rock et le jazz.

 

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Le 104, le Centre culturel dans le 19ème arrondissement de Paris

Coralie des Anges : Son mec, son bookeur... Pour réussir, elle a tout piqué aux autres ! #Afrique #Télé-réalité