Hemingway, fascinant, charismatique, a écrit sa vie de la même manière qu'il écrivit ses romans. Appliqué à ne pas entrer dans un schéma classique, il opta pour l'exubérance et l'#Aventure avec un grand "A". Cette force, acquise par une prise de risques permanente, installa immédiatement cet homme dans une catégorie romanesque et acquise à l'action. Bien que peu prolixe au regard d'autres romanciers (Ernest n'a écrit "que" 7 romans édités de son vivant), Hemingway capte l'attention, intrigue, charme. La corrélation du personnage avec ceux de ses romans, qu'il décrit avec force détails, fait tomber le lecteur dans un monde où l'imaginaire se fond avec le réel.

 

Hemingway s'applique à mettre en scène des acteurs portés à l'action par des principes et des règles qui placent l'homme au-dessus du héros. La morale développée dans ses écrits pousse presque le lecteur à s'apitoyer sur le sort des hommes, car ces derniers sont toujours happés par les intransigeances d'une humanité sans pitié.

 

Hemingway n'est pas né pour faire rire. Rebelle, sans équivoque sur une certaine forme de bêtise humaine, il dresse le tableau d'un monde plein de contradictions et de violence, mais dans lequel la seule et unique issue sera toujours la mort, inévitable, inéluctable. Le lecteur aime lire cet auteur qui dépeint si brillamment ses personnages, que l'on pourrait les toucher du doigt, leur parler. Cette véracité est le fruit d'une introspection, une certaine autobiographie des souvenirs de guerre, des traits de caractère empruntés à des gens qu'il croise. Pour exploiter ce foisonnement, aucune autre solution que de le créer en vivant une existence intense, en se mettant soi-même en scène afin de tirer du réel de quoi alimenter la littérature. Et c'est alors que la légende se crée, fusionnant l'auteur et ses héros.

 

Comment serait-il possible de décrire, avec autant de force, une scène de pêche ou de chasse sans l'avoir soi-même vécue ? Parler de la guerre d'Espagne sans s'y être engagé ? Et c'est à ce point que nous constatons le parallèle entre le travail de romancier et celui de journaliste. Hemingway, le correspondant de guerre flamboyant, le "libérateur" du bar du Ritz en 1944, le prix Pulitzer en 1953, l'ami de Castro et du whisky a vécu comme il le décrit dans ses romans. Un autre trait sublime le personnage dans toute sa splendeur : Hemingway est citoyen du monde. Il ne vénère aucun pays en particulier, n'exprime aucune appartenance patriotique avec exagération, lui qui fut capable de s'engager dans l'armée italienne, a participé au débarquement en Normandie pendant lequel il fut classé "cargaison précieuse", a participé à des safaris en Afrique où il failli mourir dans un accident d'avion...

 

Aujourd'hui, on pourrait se limiter (bêtement) à le juger d'après un certain nombre de clichés, sur lesquel on voit le romancier assister a des corridas, tirer sur de grands fauves, ou poser fièrement à côté d'un grand espadon. Ernest Hemingway est de la race de ceux qui ont choisi leur vie. Son gout pour l'absolue liberté l'a fait aussi décider du jour où elle devait prendre fin.

 

Le titre d'un de ses romans, paru en 1937, résume à lui seul la vie de cet homme d'exception: "En avoir ou pas". #Journalisme #Cuba