Virginie Vanos : Bonjour à toi ! Merci de m’accorder cette interview. Comme convenu, ton anonymat sera respecté. Je te nommerai ici donc Serge, un prénom que j’aime beaucoup. Parlons d’abord de révolte. Qu’est-ce qui te met le plus en colère chez les autres photographes amateurs ?

Serge : Alors, là, il y en a à dire ! Je n’ai que du mépris à l’égard de ceux qui se prennent pour Dieu le père, alors qu’ils n’y connaissent rien, les tyranniques, les manipulateurs, les obsédés, les irrespectueux, etc...

 

VV : Quant aux modèles, peux-tu me dresser le portrait de la parfaite tête-à-claques ?

Serge : Les "m'as-tu vu", les faux seins, les faux ongles, celles qui annulent au dernier moment sous des prétextes bidons, voire celles qui ne viennent pas du tout alors que tu as loué un studio, et où tu as déjà payé. Sans parler des filles qui veulent t’imposer une thématique nulle, mille fois rabâchée, alors que toi, tu t’es cassé la tête à trouver un truc original.

 

VV : Complète... "Vivre sans faire de la photo, c’est vivre…"

Serge : Je ne suis qu’amateur. Au début, je ne pouvais pas passer un week-end, un jour de libre, sans penser ou parler de photos. J’allais à tous les stages, même dans des clubs foireux, je passais mon temps libre à recruter des modèles. Maintenant, vu que j’ai été hyper déçu par les autres de ce petit monde mesquin, je fais beaucoup moins de photos, uniquement avec des filles sérieuses, nature et rigolotes, et j’ai arrêté de me prendre la tête avec les "faux-tographes". Je me sens mieux maintenant, j’aime toujours faire des photos, et ma vie privée et sociale est moins stressante.

 

VV : Je t’estime autant pour tes qualités de cœur que pour ton intelligence. Peux-tu me dire ce que tu considères comme la preuve ultime de la bêtise ?

Serge : Les infatués qui s’affichent, les fachos, les mecs qui ont toujours raison,

 

VV : Le talent ne sert à rien s’il n’est pas…

Serge : Pour moi, c’est juste tenter de faire toujours mieux. Et pour la photo, je cherche à trouver des thèmes originaux. Mais quand j’ai la tête trop occupée ou que le modèle me déçoit, je ne réussis rien. J’en ai vraiment honte, car je suis trop perfectionniste. Mon grand défaut est de faire uniquement des choses que je suis sûr de réussir.

  

VV : Un coup de gueule ? Et un coup de cœur ?

Serge : Coup de gueule : la politique de chez nous, les infographistes qui pensent que la tartine Photoshop cachent leurs brutes foireuses, la violence envers les plus faibles (les gosses, les animaux), les gens qui ne savent pas être directs, les menteurs, l’ennui, les films X, et d’autres. Coup de cœur : la campagne… et la mer. Tous les endroits paisibles, en fait.

 

VV : Je te considère comme l’un des êtres les plus sensibles de ma connaissance. Es-tu d’accord avec cela ?

Serge : Oui, mais je n’aime ni le dire ni le montrer.

 

VV : Quelle est ta définition de la liberté ?

Serge : Penser et rêver comme je veux. Qu’on me laisse du temps pour faire mes choix, qu’on me laisse tranquille quand je réfléchis. J’espère que ça ne fait pas peur.

 

VV : Harmonie… Un bien joli mot, un très beau concept. Que penses-tu de ce terme-là ?

Serge : J’ai peur que ça n’existe plus pour la plupart des gens. L’harmonie, c’est quand tout se passe bien, avec douceur, mais ça n’arrive jamais.

 

VV : Comment souhaiterais-tu conclure cette interview ?

Serge : Je souhaite tant te découvrir, toi et les quelques autres modèles qui me sont chers, comme des trésors cachés, tout en respectant autant vos mots que vos silences.

 

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