Cet homme, fier et indépendant, souhaite préserver son anonymat. J’en comprends parfaitement les raisons. Je tiens seulement à exprimer mon immense gratitude à son égard. Il m’a ouvert certaines portes que je croyais définitivement closes. Et surtout, lors de nos deux entretiens, je ne me suis pas sentie comme la prétentieuse de service qui vend pompeusement le résultat de douze années d’acharnement. Avec lui, tout a semblé simple, sobre et sincère. Grâce à lui, j’ai compris que l’honnêteté intellectuelle et affective était toujours gagnante. Merci à lui de m'avoir accordé un peu de son temps que je sais précieux.

 

Y a-t-il des êtres plus intéressants à interviewer que d’autres ? Tu m’as évoqué le fait que certaines personnes, trop monomaniaques dans leur job ou leur passion, étaient tellement psychorigides qu’au bout de quelques minutes, tu avais envie de t’enfuir en courant.

Je l’avoue, c’est une vraie pénitence de mal lancer dans la rencontre de quelqu’un que je ne sens pas trop. Mais je sais que l’un de mes devoirs est de varier au maximum les sujets sur lesquels j’écris. Alors, je me lance, parfois sans trop réfléchir, à la rencontre de gens plus particuliers que le "vulgus pecum", même si leur hobby ou leur modus vivendi me parait tordu ou peu porteur.

 

Quelle a été ta pire interview, ou ton pire reportage ?

J’ai vécu un vrai cauchemar avec quelqu’un qui défendait corps et âme la stérilisation systématique des chats. Cette personne a passé près de trois heures à me raconter toutes les atrocités qu’elle avait vues ou entendues, le tout teinté d’un racisme flagrant. J’en ai été totalement écoeuré. Après cela, je n’ai plus pu voir un chat dans la rue sans penser : "Pauvre Minou, que t’est-il donc arrivé ?".

Coté reportage, j’ai eu un mal de chien avec un sujet sur l’autisme. J’ai interviewé des psy imbus de leur personne, ou encore plus tapés que leurs patients. Et ce fut moralement très pénible de faire parler les autistes adultes. Les enfants, ça allait encore, mais dès qu’ils avaient plus de vingt ans, j’ai pensé qu’ils étaient totalement perdus, strictement incurables, et que leur vie était totalement dénuée d’espoir.

 

Quelle serait la personne que tu rêves d’interviewer ?

N'importe quel leader d'extrême-droite, après lui avoir fait une piqûre de sérum de vérité. Là, je crois que je tiendrais le sujet du siècle ! Mais je ne sais pas qui en voudrait… j’aurais trop peur que cela atterrisse dans les pages de ce que j’appelle "la presse-poubelle".

 

Quand on bosse dans l’artistique, faire sa propre pub, c’est…

Nécessaire. On ne peut rien faire sans un minimum de publicité, mais je sais que c’est vraiment dur de vanter son travail. Beaucoup de monde en fait trop, par narcissisme, ou bien pas assez, par timidité ou par pudeur.

 

C’est donc pour cela que tu ne souhaites appartenir à aucun journal en particulier?

L’autonomie est pour moi un véritable luxe. Je fais désormais les sujets qui me tiennent vraiment à cœur, ensuite je les propose à tous les journaux avec qui j’ai gardé un bon contact. Bien souvent, contrairement à ce qu’on pourrait croire, je suis fort bien accueilli, surtout quand je traite des sujets difficiles avec pudeur et délicatesse…

 

Plutôt pour les révolutions tranchantes, ou les évolutions lentes, dans quel que domaine que ce soit ?

Un peu des deux. Révolution, oui, mais plutôt à la Gandhi ou à la Martin Luther King, donc plus pacifiques, plus intenses mais aussi plus tenables dans la durée. Quant aux évolutions, elles sont trop lentes à mon goût . Je pense que pour vraiment changer les choses, que ce soit dans les mœurs ou dans les normes de la société, il faut minimum trois générations pou que ces évolutions aient vraiment pris racine dans la tête et le cœur des gens...

 

Journaliste voyage, un métier qui fascine

Sam Zirah, l'interview : "Mon métier, je l'ai appris sur le tas" #Internet #Journalisme