"T'écoutes quoi toi ? Du Jazz ? C'est de la bonne #Musique ça !". De la musique, on aime parfois en dire qu'elle est "bonne". Ce concept de "bonne musique" fait indirectement référence à une "mauvaise musique", qui existe sans qu'on ne la cite directement. Pourquoi utilise-t-on ces termes, et sont-ils justifiés ?

 

Une question d'identité

 

La musique qu'on écoute fait autant partie de nous que nos goûts artistiques, comme nos goûts cinématographiques, picturaux, vidéoludiques, théâtraux... Elle peut décrire notre personnalité, notre état d'esprit du moment. Au collège, au lycée, et même après, nos goûts musicaux sont l'objet d'une acceptation ou d'un rejet de la part des autres.

 

Notre interlocuteur peut nous reprocher de ne pas connaître untel qui vend des millions de disques, tout comme il peut nous reprocher au contraire d'écouter de la musique "commerciale", que tout le monde écoute de toute manière. Le cloisonnement des styles musicaux crée des barrières invisibles auxquelles les gens aiment se rattacher. Il est confortable de se dire qu'on écoute quelque chose de bien délimité, qui peut se décrire en quelques mots.

 

Une simplification grossière

 

Puisqu'il n'est pas possible de citer tous les artistes de nos playlists, on essaie de généraliser, de synthétiser. Quand on nous demande ce qu'on écoute on est rarement exhaustif et l'on ne s'amuse pas à disserter sur nos goûts.

  • "J'écoute du Metal."
  • "J'écoute du Rap."
  • "J'écoute du Reggae."
  • "J'écoute de tout."

Pourtant, il est bien rare de retrouver un seul et unique style au sein de notre MP3. Quand bien même on écouterait uniquement du Rap, il y aurait d'extrêmes différences d'un artiste à l'autre, que ce soit au niveau instrumental, des thématiques, du rythme, des paroles et j'en passe.

 

Même lorsque l'on assure écouter de tout, on reste réducteur, car qu'entendons-nous par "tout" ? Écoutons-nous toutes les musiques créées depuis l'existence de l'univers ? Écoutons-nous tous les styles imaginables ? N'avons-nous aucune préférence pour un style ou un artiste donné ? Ce terme de "tout" est en réalité bien loin de refléter nos écoutes musicales. Quelques mots ne suffisent pas à couvrir l'étendue de nos goûts.

 

Une hiérarchisation musicale

 

Cette simplification couplée à cette recherche de l'identité amènent, selon moi, au terme de "bonne musique". Si nos goûts sont effectivement le reflet de ce que nous sommes, alors il est bien plus agréable de dire qu'ils sont "bons", voire "meilleurs" que les autres. Il est amusant de noter que ces termes sont assez propres à la musique car il est rare d'entendre :

  • "Les films d'action c'est du bon cinéma !"
  • "La peinture abstraite c'est de la bonne peinture !"
  • "Les tragédies c'est du bon théâtre !"

Si la musique est un langage, et les sons des mots, il est apparemment de bon ton de respecter une certaine grammaire, des règles tacites qui font de nous quelqu'un de respectueux ou non.

 

La musique toutefois, a autant de manières d'être écrite que de cultures. Notre musique occidentale n'utilise pas du tout la même grammaire que la musique orientale. Et au sein de ces deux visions, il y a une infinité de variations chez les populations. La musique n'est que l'organisation plus ou moins complexe de sons après tout. On en choisit le rythme, les instruments, les notes... Comment déclarer avec assurance qu'un rythme, qu'un instrument, qu'une note ou un ensemble de notes sont meilleurs que d'autres ?

 

Cette guerre musicale n'a que trop duré. Résumer la musique à "bonne" ou "mauvaise" lui enlève toute sa palette d'émotions, de nuances. Que la musique soit créée dans un énorme studio avec de gros moyens ou par un artiste indépendant fauché, elle n'en reste pas moins un #Art. Faire de la musique sans argent n'est pas forcément gage de qualité et faire de la musique avec de l'argent ne signifie pas nécessairement un vide créatif. Alors, au nom de quoi peut-on décréter qu'une musique est bonne ou mauvaise ?

 

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