La photographie, est-ce un mode d’expression ou un véritable #Art de vivre ?

Je ne dirai ni l'un ni l'autre... je serai plus modeste... c'est un "moyen de vivre"... après 40 années de tunnel professionnel. C'est mon sport, je sais faire des dizaines de kilomètres avec près de 10 kg sur le dos. C'est ma motivation à voyager et découvrir ma ville, mon passé, ma région, mon pays. C'est surtout une fenêtre de plus pour rencontrer des gens extraordinaires. Et enfin, l'occasion d'offrir généreusement à qui le veut bien, des images d'eux-mêmes, de leur pays, de leurs amis, etc... L’occasion aussi de me mesurer, de me comparer, d'apprendre.

 

La sensibilité dans l'art est-elle un idéal désuet, une utopie partagée par peu de monde ?

Je ne parlerai que de la photographie bien entendu. Elle est créatrice de sensibilité, et en même temps, elle se développe elle-même comme jamais : après le développement de la photographie numérique du début de siècle, le smartphone est devenu un instrument d'émotions individuelles. Certes, ces milliards de clics ne sont pas tous des chefs d'oeuvre, mais toutes contribuent à éveiller la sensibilité de leurs auteurs et de leurs spectateurs. Il est d'excellents photographes qui pratiquent ce support.

 

Demain, toutes ces photographies, s'il en reste, seront les témoignages de ce à quoi nous étions sensibles. Elles seront vécues par le regard ému de nos descendants sur un temps passé, comme aujourd'hui je regarde celles des années 40 à 70. Les grands auteurs qui resteront de notre époque ne seront peut être pas ceux dont on parle aujourd'hui, mais peut-être une Vivian Maier dont les selfies, les reportages réveilleront des émotions, des sentiments d'humanité, de tendresse. Non, ce n'est pas désuet et ce n'est pas partagé par une élite. Si j'en viens à la photographie que je pratique, je dirais qu'éveiller la sensibilité des spectateurs est mon ambition principale. Tous les genres sont des "exhausteurs" des sens : la portrait, le nu, le reportage social, le paysage, l'architecture... Tous les Arts ont cet objectif.

 

Un de mes profs de théâtre m’a dit qu’on se fichait de la pudeur du corps, qu’on ne touchait la pudeur du cœur qu’avec précaution, mais que celle de l’âme devait demeurer précieusement emmurée. Qu’en penses-tu ?

Pris au sens propre, je ne pourrais pas être d'accord. L'impudeur corporelle peut blesser l'âme. Je le prendrai donc au second degré, dans un sens plus général ... C'est-à-dire que plus on touche aux fondements d'une personne humaine, à ce qu'elle a de plus ancrée en elle du fait de son vécu et de son éducation, plus le risque est grand de la désarçonner. Il faut donc y veiller, sauf s'il s'agit d'une démarche qui vise à guérir une blessure profonde et si elle est conduite par un médecin de l'âme. Certains cherchent à toucher l'âme d'une personne parce qu'ils en attendent une explosion libératrice, créative, (cf Kéchiche).

 

Baudelaire a dit : "Le Beau est toujours bizarre". Quel est ton ressenti à ce sujet ?

Chaque individu ayant ses propres ressentis, son propre vécu, sa propre vision des choses, chacun met donc dans une œuvre artistique ce qui lui appartient... C'est ainsi que chaque œuvre est unique... bizarre.

 

Quelle est le plus beau sentiment que l’on puisse insuffler à une photographie ?

La délicatesse... Parce que la photo qui en découle doit comporter toutes les nuances de couleur, toutes les gradations de lumière, tous les degrés d'expression d'un sentiment, tous les détails utiles à l'expression globale de la photographie. Parce que la délicatesse semble ne plus toujours faire partie de ce monde...

 

La poésie ne serait-elle plus désormais qu'un simple sujet de baccalauréat ?

"Complètement Cramé" de Gille Legardinier #Lille culture #Beauté