On peut les télécharger, en anglais depuis le site Pottermore, et traduits en français depuis ceux de distributeurs autorisés, au prix chacun de 2,99 euros. Leur consacrer près de neuf euros vaut-il la peine, sachant que pratiquement seule la couverture et divers passages sont signés de #J.-K. Rowling et l’essentiel des contenus concocté par l’équipe rédactionnelle du site ? Oui, car l’auteure les a certainement révisés et a glissé quelques phrases et paragraphes, de-ci ou de-là (quand il ne s’agit pas de textes d’archives compilés).  Non, parce que, selon le lectorat anglophone réagissant sur Twitter, en fouillant bien le site, on retrouve à peu près toutes les « révélations nouvelles » promises sans bourse déliée. Réplique rapide de l’auteure : « Nous avons eu beaucoup, beaucoup de demandes pour mettre ces suppléments accessibles en ce format ». Le tag #JKRowlingIsOverParty a fédéré les mécontents, vraiment peu convaincus par cette réponse. Bien sûr, qui dispose d’une liseuse n’aura pas à fouiller le site, et peut insérer un repère pour reprendre sa lecture là où elle fut interrompue.

Et puis, pour les curieuses et curieux n’ayant vu que les films en version française, mais voulant en apprendre davantage, piocher dans le site est déroutant. Les sept romans ont été non seulement traduits mais aussi, pour moult noms propres et maints noms d’objets, adaptés par le traducteur Jean-François Ménard. Les titres originaux mentionnent l’école d’Hogwarts et non de Poudlard, les Muggles deviennent les Moldus, et la maison Poufsouffle… &c. S’il existe bien un francophone Portail Poudlard, il n’a que peu à voir avec l’anglophone Pottermore et il n’est pas sûr qu’il soit aussi fréquemment actualisé (ce samedi, les trois #Livres électroniques n’étaient pas déjà mentionnés).

Un Horace Slughorn plus étoffé

Selon divers lecteurs des versions anglaises, ces livres donnent quand même des précisions sur des personnages centraux qui sont très peu détaillées ou mal réparties sur le site. Ainsi, l’enfance du professeur de potions, Slughorn, est exposée. Enfant unique d’une famille aristocratique, son amour-propre lui aurait inculqué par des parents convaincus de leur supériorité. Alors qu’il n’était qu’un élève à Poudlard, il frayait certes avec des descendants de Moldus, mais il avait fondé un club réservé aux seuls plus brillants d’entre ses condisciples. Alors que son père, haut fonctionnaire au ministère de la Magie, l’aurait bien vu lui succéder, Horace opte pour l’enseignement et a pour élève Lily Potter et Tom Marvolo Riddle (Tom Elvis Jedusor en VF). Horace se rend compte que Jedusor-Riddle est devenu Voldemort. Au final, il se rachètera en ramenant des renforts pour venir au secours de Dumbledore. Sur le site, Slughorn a bien droit à sa page, et un chapitre particulier expose la nature ambivalente, complexe, du personnage. La présentation des ouvrages sur le site fait état « de suppléments nouveaux et exclusifs » (donc hors ligne). Parmi lesquels des précisions de J.-K. Rowling sur certains personnages et leurs parentés (ainsi elle a choisi le prénom de Minerve, directrice de la maison de Gryffondor, par référence à la déesse romaine des guerriers, mais son patronyme de McGonagall en raison d’un poète de ce nom, prénommé William, parce qu’il lui semblait antinomique : ce poète était, selon elle, un bouffon, mauvais rimailleur). On apprend aussi que le ministère de la Magie n’a jamais considéré qu’un Moldu puisse être capable d’y postuler, et que son implantation, en plein cœur de Londres, démontre bien que les Moldus, même confrontés à l’évidence la plus flagrante, sont incapables de l’apercevoir dès qu’il s’agit de magie. Enfin, le site de Pottermore a été remanié cette année et la navigation est moins aisée (peut-être pour inciter à l’achat de ces e-books ?). Les plus mordus Moldus d’entre nous craqueront sans doute, tout en regrettant l’absence d’édition imprimée, les autres hésiteront. Sur Harry Potter, ils savent l'essentiel. #Harry Potter