Le Musée Marmottan nous offre en cette rentrée picturale parisienne, sur une proposition de Philippe Dagen, célèbre critique d'#Art du Monde, une exposition de trois peintres : Hodler, Monet, Munch rassemblés autour du thème de la peinture de l'impossible. Si, à priori, réunir ces trois peintres qui œuvrent à la même période, dans des pays différents d’Europe, avec des projets très différents, semble arbitraire, l’exposition montre au contraire que ce choix est judicieux et plein d’enseignements.

 

Modernité

Les trois peintres ont en commun de peindre la Modernité avec ce projet audacieux et quasi impossible de révéler l’éternité de l’instant et la beauté du quotidien dans un monde déjà abimé par l’industrie en plein essor. De Monet, chef de file de l’Impressionnisme, on peut voir Impression, soleil levant où la brume, rougie par le soleil, colore les boues grises du port industriel du Havre. A côté, sont accrochées des séries de vues de haute-montagne réalisées par Hodler qui semblent un peu kitchs dans les coloris et dans les formes très définies et quasi fragmentaires. Puis, suivent les soleils couchants de Munch, rarement visibles (et qui méritent à eux seuls le déplacement) où l’œil du peintre se confond avec la toile.

 

L’impossible représentation

Il s’agit dans les trois tableaux de tenter de représenter l’irreprésentable, de toucher par la peinture la limite de la représentation en choisissant des motifs impossibles : la brume, la neige, le soleil lui-même. Dans les deux tableaux de Munch présents dans l’exposition, il s’agit de figurer le soleil, cet astre que l’on « ne peut regarder en face sans mourir », la source de la lumière, ce qui rend, matériellement, le monde visible. Les deux matrices de la vision : le soleil et l’œil du peintre se confondent au miroir de la peinture. Au grand œil de Dieu, garant de la cohérence du monde figuré par la peinture classique, se substitue la matérialité de l’œil du peintre, désormais seul dans le monde. Cette solitude métaphysique s’accompagne d’une inquiétude fondamentale présente chez les trois peintres devant la mort, l’infini, le chaos. La Nature semble habitée de forces étranges et menaçantes. 

 

Les limites peintes des êtres, cernes circulaires et marqués, sont celles que lui octroie la conscience du peintre, plongée dans le monde où il déplace son atelier. Ce sont des lignes qui cernent, enferment, tentent de rapprocher ce qui s’éloigne et échappe dans le non-représentable, la fuite du temps et la disparition. Un terrible autoportrait d’Hodler peint après la mort précoce de sa femme, ouvre une exposition où l’angoisse frôle la beauté absolue et en émane. Un des derniers tableaux de Monet, la Maison vue du jardin de roses, offre un flamboiement coloré rouge-orangé qui réchauffe l’âme et le regard et aide à faire face à cette Modernité qui, bien que depuis longtemps dépassée, n’a pas encore été pensée à la hauteur de ses productions et propositions.

 

A voir absolument :

2, rue Louis-Boilly 75016 Paris - France

Horaires d'ouverture:

Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h

Dernière entrée : 17h30

Nocturne le jeudi jusqu'à 21 h

Dernière entrée : 20h30 #Culture #Paris culture