Pornographie ? « Mon cul ! », s’exclamerait la Zazie de Raymond Quenau. Alors que les États-Unis et le Canada font la part belle aux artistes russes et ukrainiens, bien plus en raison de leur talent que du fait d’une forte présence d’immigrés slavophones, la #Russie de Poutine s’enfonce dans la #xénophobie et le rejet de l’Occident en particulier. Quand le Kremlin ne peut s’en prendre aux ONG (toutes ont déjà été expulsées ou contraintes à une quasi-clandestinité), tout prétexte devient bon pour, très directement ou indirectement, nourrir le sentiment national-théocratique. Le photographe américain Jock Sturges exposait de sobres photos de nus, dont d’enfants ou d’adolescents à des lieues de celles de David Hamilton ou Bettina Rheims, et cela a suffi pour lâcher une milice, faire agir un provocateur, faire tonner un sénateur du parti ultra-dominant, Russie unie.

Maculée d’urine

La photo d’une femme et d’un enfant nus, mais posant pudiquement, a été maculée d’urine par un courageux anonyme trois semaines après le vernissage, tout à fait dénué d’incident, de l’exposition de Jock Sturges. Un #Vandalisme sanctifié par l'église orthodoxe. De jeunes nervis de la milice Officiers de Russie, en uniforme, ont formé un peloton devant l’entrée de la galerie. Leur chef, membre de la Chambre civile russe, a décrété que le piquet interdirait l’entrée et que de toute façon, la galerie fermerait. Parce qu’elle porte aussi un nom français ? L’église orthodoxe russe est montée au créneau, une sénatrice de Russie unie, Yelena Mizulina a dénoncé « de la propagande pédophile au plus exact sens du terme ». Ah bon ? Très vite, la médiatrice pour les droits des enfants, Anna Kuznetsova s’est instituée enquêtrice (ou plutôt procureure). La chaîne REN TV a cependant donné la parole au photographe qui a indiqué que tous les modèles étaient d’accord, et qu’il avait recueilli en sus des autorisations parentales. Mais la directrice de la galerie a compris qu'il valait mieux, d'elle-même, tirer son rideau.

Officiers de Russie et d’autres

La milice Officiers de Russie se targue de rassembler plus de 100 000 jeunes et des anciens combattants ou des militaires sous les drapeaux. Comme par hasard, diverses chaînes étaient présentes lorsque l’homme a jeté un récipient rempli d’urine sur l’une des photos. Les sociétés privées militaires russes, formées en fait de mercenaires, sont parfois rétribuées pour mater des opposants un peu trop voyants. Ces sociétés sont théoriquement illégales. Mais les hooligans – comme ceux qui se sont manifestés lors de la dernière coupe d’Europe – sont aussi tolérés, même si parfois ils passent en procès en Russie, tel Alexandre Chpryguine. Des ONG qui n’ont que de lointaines relations avec d’autres pays sont forcées de s’enregistrer en tant qu’« agents de l’étranger » : ce qui leur ferme toutes les portes. On les accuse d’espionnage industriel, d’espionnage tout court. Une loi du 23 mai 2015 a permis d’en décréter d’autres indésirables (et les membres étrangers sont expulsés). L’entrée des journalistes est filtrée comme au bon vieux temps de l’ex-Urss. Les popes, devenus omniprésents, prêchent la parole du Kremlin. De fantoches partis ultra-nationalistes, tel le Parti Libéral Démocrate, votent presque toujours tous les textes de Russie unie. Vladimir Jirinovski, chef de file du PLD dit ouvertement que la réplique aux sanctions économiques occidentales doit être « brûler Paris entièrement, bombarder toute l’Allemagne pour qu’il n’en reste rien : aucune pierre, aucun Allemand ». De toute façon, la Douma ne décide rien, tout se joue au Kremlin et les « structures de force » (Siloviki), le FSB et autres services officiels ou officieux, ont toute latitude d’initiative. La culture russe, autre que celle définie autrefois « réalisme soviétique », ou un tant soit peu dérangeante n'a plus que deux issues : la clandestinité ou le refuge à l'étranger.