Natif de Châlons-en-Champagne, très longtemps rémois, #Gérard Rondeau était certainement l’un des plus grands photographes français contemporain. Il est décédé à Créteil hier soir, âgé de 62 ans. Hervé Chabaud, dans L’Union, a dressé une nécrologie qui le résume bien : « Gérard était un homme de cœur. C’est pourquoi nous partageons la peine de ses proches ». C’était l’ami de la rédaction, et pratiquement de tout #Reims. Nous le retrouvions souvent au Café du Palais (de justice) qu’il avait illustré en parallèle de celui du Cirque (New York), et il m’avait fait poser (en compagnie d’Isabelle Horlans, et d’autres) dans la salle du reportage du quotidien. Il privilégiait le noir et blanc (souvent en tirages Ilford, qu’il confiait le plus souvent à un ami commun, Jean-Marie Lecomte, photographe paysagiste et éditeur). Nous avions aussi pour ami le regretté Yves Gibeau (Allons z’enfants…), que nous retrouvions dans son presbytère avant d’aller faire des photos des vestiges guerriers du Chemin des Dames.

Multiples missions

Portraitiste de la carrure artistique de son aîné, André Villers (j’aurais aimé les faire se rencontrer) ou d’un Bresson, et paysagiste hors pair, partant souvent en missions pour des organisations humanitaires (dont Médecins du monde, à Sarajevo et au bout de la planète), Gérard était l’un des piliers du Monde (quotidien dans lequel Daniel avait publié un portrait singulier de Johnny Halliday), un collaborateur récurrent de Libération (il était proche de Christian Caujolle). Portraitiste de célébrités, il menait aussi des projets très singuliers, très personnels, résolument non-commerciaux, comme une série de riverains de la Marne, d’autres sur des peintres qu’il appréciait, les lieux du Grand Jeu de Roger Vailland. Le Frac Champagne-Ardennes avait acquis nombre de ses œuvres mais il avait exposé de New York à Okinawa ou Jakarta, en passant par Le Grand Palais. Il était aussi auteur et coauteur (avec Raphaëlle Bacqué, de République, au Seuil, par exemple) et à l’occasion cinéaste (réalisant, entre autres, un film sur le presbytère de l’ami Yves, et un Vie de Cabu, autre ami champenois d'origine). Un film lui avait été consacré par France 3 : Gérard Rondeau hors cadre. Il avait quitté Reims pour Trelou-sur-Marne où il recevait tant des voisins que des personnalités devenues des proches.

Multiples hommages

De son vivant, Gérard était un personnage discret, nullement effacé, ni réservé, mais ne cherchant pas à se faire un nom autrement que par son talent. Les hommages se succèdent donc et les rétrospectives posthumes ne devraient pas tarder. Reims lui avait consacré, l’an dernier, au Cellier, une grande exposition couvrant 40 années de son oeuvre. Son site, encore accessible, rend compte de l’extrême diversité de son travail et de ses approches (voir la série C’est écrit). Pour ses portraits, il se distinguait par le format carré adopté – et une certaine solennité des sujets, jamais souriants – une contrainte imposée : comme en architecture, les contraintes concourent à l’inventivité, la création. Un format qu’il s’imposait aussi pour des paysages, des natures mortes. Une exposition, qui sera peut-être prolongée au-delà du 18 septembre prochain, lui est consacrée au château de Laérole (Haute-Garonne). Consacré meilleur artiste plasticien 2007 aux Globes de Cristal, son renom s’amplifiera#photographie