La troupe de Pina Bausch (décédée en 2009) avec ses 35 danseuses et danseurs a donné chair au corps multiplié dans une représentation qui a dépassé de loin le spectacle. Trois heures trente de théâtre dansé et on voudrait que cela ne cessât jamais tant on sent la présence vivante, la tendresse, la générosité, la vérité et la sauvagerie de Pina Bausch, tant ses comédiens danseurs, tous plus singuliers les uns que les autres lui ont prêté leur corps et leur esprit absolument dans ce présent répété et infini de la scène bordée de murs de terre brune.

 

VIKTOR, la scène intérieure de Pina

Viktor de Pina Bausch est sa pièce la plus italienne. Elle fut créée à Rome en 1983 après que la Chorégraphe eût interprété pour Fellini une cantatrice vieillissante pour El nave va (Et tangue le navire : délire burlesque sur la mort et le spectacle à bord d’un navire en perdition). Pendant une heure et demi les danseurs comédiens ne dansent presque pas à tel point que l’on croit assister à l’enterrement théâtral de la chorégraphie comme Genre : rite funèbre et absurde. Puis, lorsqu’après l’entracte les comédiens se mettent à danser, on croirait assister à une satire Beckettienne de l’Opérette Allemande de l’entre-deux guerres. On est à Rome et on est en Allemagne, on est en « Fascie ». Les personnages trop genrés, les hommes en complet costume classique, les femmes très femmes, victimes de leurs charmes, disent la violence des assignations sexuelles qui sont liées à la normativité des moeurs prônée par le Fascisme. On est pas loi dans l'esprit de l'Actionisme Viennois.

 

Satire Beckettienne de l’Opérette

La cruauté, la répétition, la comédie humaine se dévoilent sous toutes leurs facettes dans une explosion de créativité formelle et rythmique. Le mal se fait jouissance absolue, la Mort est métamorphosée en vie par le don absolu de la beauté. Car la mort est partout : celle des deux promis à terre qu’un homme meut pour des épousailles éternelles, les cadavres roulés dans les tapis, un homme-femme sans bras qui défie le spectateur de son regard étrange et menaçant, une danseuse qui insulte le public et lui demande de dégager exprimant un amour-haine puissant, une fin de partie qui se rejoue presque à l’identique comme si le spectacle n’avait pas eu lieu et nous met au cœur de l’expérience de l’Eternel Retour. Merci Pina. Pina rend ce monde pesant si léger…que l’on voudrait suivre la trouve dans toutes ses représentations afin de ne pas quitter, impuissant tant de puissance de métamorphose. Et le public reçoit qui se lève et applaudit à se briser les mains pour dire simplement « Merci », merci que je transmets à mon tour. #Danse #Culture #Art