Natacha Giafferi-Dombre, docteure ethno-anthropologue spécialiste d’#Haïti et galériste pour Marassa Trois, 89bis, rue de Charenton à Paris 12e) ne saurait me vouloir durablement d’avoir tronqué (recadré en rognant le haut et le bas) l’œuvre de Damian Michaels. Il sera exposé du 18 au 29 octobre prochains en cette galerie spécialisée dans l’#Art haïtien (et aussi dans les arts singuliers, parfois en bordure de l’art brut, d’où l’allogène Damian Michaels, né aux États-Unis).  

Un art varié

J’ai déjà consacré, sur le site Come4News, diverses contributions à la galerie Marassa Trois. Vous trouverez aussi via Google de multiples exemples de l’art haïtien contemporain. Des images au format des œuvres, ce que – chichement à mon sens – le site de Blasting News ne permet pas (seul format accepté pour être et publié et placé en page d’accueil : 660×360). À moins de basculer à l’horizontale, aucune autre solution pour l’image principale exigée. J’aurais pu me débrouiller avec des œuvres au format horizontal que publie le site Raw Vision, mais sans garantie de n’avoir rien à tronquer. Cher Damian Michaels, toutes mes excuses contrites… Il me semble bien que ce soit la première fois que vous figurez aux cimaises de Marassa Trois. En revanche, vous n’êtes pas le seul des catalogués « visionnaires » à y avoir exposé. Il ne me semble pas non plus que le Désastre de FranKétienne (2010) ait été accroché. Mais lors des expositions de janvier 2010, fermant les yeux, d’autres visionnaires le voyaient déjà, avant même qu’il soit produit. Pour caricaturer très grossièrement (l’insistance de la redondance s’impose), l’art haïtien se résume en trois catégories. L’art populaire des drapeaux en perles très colorées est la plus connue. Une usine américaine ayant fermé ses portes, le stock fut récupéré par des artistes. La manne épuisée, la tradition perdura, avec des importations de perles. En second lieu (antérieur), ce que je dénomme l’art vaudouiste traditionnel et ses déclinaisons. Il a inspiré l’enseigne de Marassa Trois (un personnage du culte). L’iconographie de « l’Olympe » du vaudou évolue constamment. Les productions sont souvent bicolores ou très bigarrées, avec prédominance parfois des ocres et sombres, ou à l’inverse, des teintes franches. La troisième catégorie est trop vaste. Tous les courants artistiques mondiaux influent sur divers artistes haïtiennes ou haïtiens. On retrouvera parfois, en la seconde catégorie, des œuvres mixtes, composites. Les traditions ne sont jamais autant figées qu’il est proclamé et des vierges catholiques noires à la chapelle Foujita (Reims) en passant par l’art sacré des contemporains russes, surtout fresquistes, le constat est simple : même les icônes orthodoxes prennent un coup de neuf de nos jours. Pourquoi n’en serait-il pas de même en Haïti.

Damian Michaels, artiste australo-US

Paradoxe. Damian Michaels, né en Virginie (1969), adolescent à San Francisco, vit en Australie depuis 1994. C’est un chrétien qui avait perçu la présence de sa défunte cousine, Annie. Elle lui parle de l’intérieur de son propre corps. Mais l’influence des arts haïtiens (ou plutôt, des visionnaires haïtiens) est patente. Son Apocalyptic Midnight Death Cult, qui mêle catacombes, prêtres aux crânes grimaçants, pyramides « franc-maçonnes » (impropre, mais… voyez celle des dollars), en est l’un, parmi d’autres, des exemples. De même des œuvres très colorées (teintes très proches de celles employées en Haïti). Ce sera, je crois, sa quatrième exposition française (troisième à Paris). Voyez aussi la pochette de l’album de Cultura Tres, Rezando al Miedo (et écoutez Es mi sangre). Comme l’exprimait Natacha lors sa conférence sur les peintures d’inspiration vaudou (Bordeaux), le rôle du culte est de « rendre vivable des situations atroces, la déportation, l’esclavage ». Le parallèle vaudou-Damian Michaels n’a rien d’insolite ou d’incongru. Ses techniques mixtes en témoignent aussi. Allez voir, et discutez d’Haïti avec Natacha… #Peinture