Jérôme Garcin a sélectionné et présenté une majeure partie des lettres d’amour du défunt président à #Anne Pingeot, mère de Mazarine, et quelques autres documents (dont une lettre de Mazarine à son père) ainsi qu’un portrait de « la femme secrète » dû à son biographe, David Le Bailly.

Un florilège couvrant 33 ans

Anne Pingeot fait la connaissance de François Mitterrand en 1961. Elle a 18 ans, il en a 45. Il n’est plus avocat en exercice (depuis 1939), mais ancien ministre, sénateur-maire de Château-Chinon (Nièvre). Sa seconde carrière politique commence l’année suivante, en novembre 1962, lorsqu’il retrouve son siège de député et la présidence d’un mouvement politique. Ils seront non seulement amants, mais amoureux, au point de concevoir un enfant en avril 1974. Elle deviendra la « maîtresse officielle » du président au printemps 1983 puisque peu de ses très proches ignorent qu’il se rend fréquemment quai Branly, dans un grand appartement de fonction de la présidence. C’est dans un autre, où réside aussi Anne, que François décède le 9 janvier 1996. Sa correspondance avec Anne ne cessera pas, de 1962 à 1995, car en dépit de la proximité géographique, il effectue des voyages fréquents à l’étranger, des déplacements dans toute la France…

Remarquable épistolier

L’Obs (autrefois Nouvel Observateur) publie en exclusivité des extraits avant l’arrivée de l’ouvrage en librairie (col. NRF, 1 280 p.), jeudi prochain, 13 oct. C’est, par exemple, cette lettre de 1963. À son arrivée à L’Aigle où il anime une réunion politique, on lui apprend l’assassinat de son prédécesseur dans les fonctions de chef d’État, J.-F. Kennedy. Toute la correspondance amoureuse est jalonnée de considérations sur des événements publics ou à caractère strictement privé. Elle révèle l’homme intime, vorace lecteur, remarquable épistolier, et aussi le personnage public à l’immense destin depuis la Résistance. Vers 1993, l’Internet, inventé en 1989, au Cern, reste réservé à des scientifiques. J’obtiendrais une connexion cette année-là, directement sur la dorsale Renater, par un subterfuge. Avec la connivence de ma future directrice de recherche, le CCR (centre de calcul) de Jussieu me prend pour le doctorant que je ne suis pas encore (je finis mon DÉA). Mais ce n’est que trois ans plus tard que, avec les moyens d’alors, une partie des Internautes – nous étions relativement fort peu – commencent à délaisser la plume pour la saisie au clavier. La plume… Hors de question alors d’écrire une lettre importante, en particulier d’amour, au stylo bille. Vous vous souvenez aussi des Guignols de l’info et du « mulot » (la souris) de Jacques Chirac ?

Mutatis mutandis

Ou plutôt, non ! Mutatis, oui. Mutandis, allez savoir… En tout cas, en ce domaine. Depuis 1980, j’étais passé à l’ordinateur. L’ami Tom Corraghessan Boyle – que je traduisais –, était, peu avant 2000, non seulement resté fidèle à sa machine à écrire, qu’il ne lâchait pas ou si peu entre sept heures et 13 h, mais n’entendait pas s’en détacher. Nous avons longuement discuté, les après-midis, des mérites respectifs de la plume ou du stylo et de la machine à ruban, des autres (boules, marguerites) et du clavier d’ordinateur. J’étais dactylo, depuis 1973, j’avais vécu avec mon temps, il voulait en rester au cliquetis des barres et leviers qui nous indiquait à l’oreille que nous venions de commettre une coquille. Mes amours furent longtemps résidentes à l’étranger… Croyez-le ou non, vous n’écrivez pas de la même manière à la plume qu’au clavier. Vérifiez en lisant ces Lettres à Anne.

Hommage posthume

J'appréciais moyennement Mitterrand, rencontré à de rares reprises (à Belfort, ou à Villeurbanne, « chez » Hernu). J'admirais sans réserve l'orateur, l'écrivain. Je l'admire à présent encore et ce très grand lettré qu'était Georges Pompidou serait de mon avis, comme, sans doute aucun, son prédécesseur à l'Élysée. N'en déplaise à Valéry (Giscard, le romancier occasionnel), Mitterrand était un épistolier de très, très grande trempe.   #François Mitterrand #Gallimard