En 2013, Albert Serra présentait "Histoire de ma mort", récit historique des derniers jours de la vie de #Casanova. En 2016, il revient avec "La mort de Louis XVI", qui, jusque dans sa mise en scène, sonne comme l'oraison funèbre d'un des plus grands Rois de France. Serait-il en train de s'imposer comme le cinéaste spécialiste du sujet du déclin des grands hommes ? 

Dès les premières minutes du film, Albert Serra nous présente un univers ambigu, blafard voire tout à fait noir.  A travers des choix de mise en scène tel celui de filmer à la bougie, il procure un sentiment de huit-clos, d’intimité mortuaire, de grandeur déchue. Ces effets de clair-obscur, arrachant des reflets rougeoyants aux tentures du décor royal, éclairant subrepticement le visage terni et fatigué de #LouisXIV, donnent l’impression étrange d’être dans les Ténèbres aux côtés de celui qui va recevoir le Jugement Dernier.

Lentement, consciemment, la Mort est à l’œuvre, gagnant tout l’espace à mesure qu’Albert Serra nous entraîne dans les profondeurs de son film, qui représente la fin d’une vie de puissance et de faste, et nous fait comme pénétrer dans le caveau funéraire de Louis XIV qui mourut d'une gangrène en 1715 à Versailles.

Grandeur et décadence : le Roi se meurt

Albert Serra choisit de se concentrer sur la déliquescence du Roi-soleil, et non sur la grandeur qu’il a incarné. Jean-Pierre Léaud correspond tout à fait à ce rôle ; ses paroles éparses prononcées de façon appuyée, sa gestuelle lente, son regard de douleur, lui permettent l’économie des mots, rendant son interprétation impressionnante de justesse. A travers l’œil de la caméra et ses longs plans fixes, il affronte la mort avec toute la majesté qui, on l’imagine, caractérisa Louis XIV.

Sélectionné à #Cannes en mai dernier, "#La mort de Louis XIV" aurait pu être récompensé, tout comme #Jean Pierre Léaud, qui fût révélé par #Truffaut et semble à présent au faîte de sa carrière: il signe une interprétation d'une intelligence et d'une profondeur remarquable, celle d'un monarque absolu rendu homme devant la Mort. #Cinéma