L’auteur de "Laëtitia ou la fin des hommes" recevait, ce mercredi, l’un des prix littéraires français les plus prestigieux tandis que le #Médicis du roman étranger revenait au Suédois Steve Sem-Sandberg pour "Les élus" et celui de l’essai à Jacques Henric pour "Boxe". Souvenez-vous… C’était en janvier 2011. On apprenait le meurtre de Laëtitia Perrais, une jeune femme de 18 ans, assassinée près de Pornic en Loire-Atlantique. Ce crime atroce et particulièrement violent – le corps de la victime avait été démembré et portait les traces d’une trentaine de blessures par arme blanche – avait déchaîné les passions. "Laëtitia ou la fin des hommes" est donc le récit de cet assassinat et de ce qui a suivi. L’auteur de 43 ans, qui exerce avant tout comme professeur d’histoire contemporaine à l’université Paris XIII, traite ce #Fait divers avec une grande rigueur méthodologique mêlée à une profonde empathie qu’il ne peut s’empêcher d’éprouver, en tant que père de trois filles.

Un tableau de la société française

Quand la fiction rencontre l’histoire et inversement... C’est probablement sa qualité d’historien qui a permis à Ivan Jablonka d’apporter à son #livre cette dimension si critique. Son récit prend un caractère sociologique lorsque l’auteur en profite pour dresser le portrait d’une société qui, décidément, n’est pas bien reluisante. Parce que Laëtitia et sa sœur jumelle, Jessica, étaient placées en famille d’accueil, c’est l’occasion pour l’auteur de s’interroger et de questionner des inégalités tellement présentes et palpables, qu’elles semblent décider du sort de chacun dès l’enfance. Parce que les médias se sont emparés de l’affaire, parce que la justice a pédalé dans la semoule et parce que la politique a tenté, parfois, d’instrumentaliser cette tragédie, Ivan Jablonka jette un regard peu complaisant sur les différents acteurs d’une société qui finit par déshumaniser une victime, à force de s’emparer de son meurtre.

Le prix Médicis 2016 consacre un ovni littéraire

Au-delà du roman, au-delà de l’essai, au-delà du témoignage… "Laëtitia ou la fin des hommes" n’est pas un livre comme les autres parce qu’il les dépasse, ou plutôt les surpasse, tous. Ce n’est pas un simple roman : l’auteur a mené une réelle enquête pour pouvoir l’écrire. (Il a rencontré des témoins et des acteurs de l’enquête et assisté au procès en appel du meurtrier en 2015.) Ce n’est pas un simple essai sociologique : l’auteur s’implique bien trop dans son analyse accusatrice du système médiatique, politique et judiciaire français. Non, le livre qui a été récompensé par le prix Médicis 2016 est, bien plus, un hommage vivant et vibrant à Laëtitia Perrais. Pour le comprendre, il suffit de lire ce qu’Ivan Jablonka précisait au Figaro, le 2 novembre 2016 : "Laëtitia n’est pas un fait divers. Il n’est pas acceptable, ni historiquement ni moralement, de réduire la vie de quelqu’un à sa mort".